« J’ai été pris au piège, les gens m’ont sauvé » : les survivants du pire tsunami de l’histoire commémorent la catastrophe, vingt ans après

« Ce n’était pas une vague, mais un mur », a relaté Bernardo Aliaga, responsable de la résilience aux tsunamis à la commission océanographique intergouvernementale de l’Unesco, en conférence de presse le 24 octobre dernier. Il y a vingt ans, au lendemain de Noël, dans la matinée du 26 décembre 2004, un tsunami frappait l’ensemble du pourtour de l’océan Indien, du littoral indonésien aux côtes sri lankaises, indiennes et thaïlandaises, provoquant la mort de près de 228 000 personnes.

Les lames de fond, de 35 mètres de hauteur par endroits et se déplaçant jusqu’à 800 km/h, se sont formées dans l’océan Indien à la suite d’un tremblement de terre d’une magnitude de 9,1 à 9,3 sur l’échelle de Richter, qui s’est produit au large de l’île de Sumatra (Indonésie).

Ce fut le séisme à la troisième magnitude la plus importante jamais enregistrée sur Terre, l’un des dix plus meurtriers, et qui a engendré le pire raz de marée de l’histoire moderne. Même sur le continent africain, la Somalie, pourtant située à un peu moins de 5 000 kilomètres de l’épicentre sismique, a été sévèrement touchée.

Après le choc, la prise de conscience

« Ce matin-là, ma mère me prévient que les gens s’enfuient. Soudain, j’entends un puissant bruit d’eau qui résonne, j’essaye de courir, mais je suis immédiatement frappé par la vague. J’ai été pris au piège, je ne pouvais plus bouger, les gens m’ont sauvé. Je m’en suis sorti avec une jambe cassée. L’ami qui était avec moi est mort sous mes yeux », se remémore Pradeep Kodippili, survivant du tsunami.

Désormais responsable de la gestion des risques de catastrophe au Sri Lanka, il raconte que « des villages ont été ensevelis par centaines » et que les sinistrés se sont retrouvés « sans abri, demeurant dans la boue, pendant près de deux semaines ». Trente-cinq mille Sri-Lankais y ont perdu la vie.

À l’époque, face à une catastrophe d’une telle ampleur, l’impuissance et l’ignorance des populations situées à proximité de l’océan Indien étaient considérables. Certains habitants n’ont pas compris la conséquence du brusque retrait de la mer ; celui-ci annonçait l’arrivée imminente de la vague dantesque. D’où l’effet de surprise et le choc qui s’est ensuivi. Le monstre aqueux a plongé toute la région dans un traumatisme encore perceptible aujourd’hui.

Comme l’explique Laura Kong, il s’agit du « risque naturel le plus dangereux au monde ». La directrice du centre international d’information sur les tsunamis de l’Unesco rappelle que, « contrairement aux ouragans, il est impossible de les prévoir et de les localiser. On l’a vu en 2004, c’est un phénomène instantané, avec un développement très rapide ».

Avant 2004, il fallait prévoir de quinze à vingt minutes avant de détecter un tel phénomène. Depuis, les réseaux de capteur disséminés sur 152 stations permettent de détecter une activité anormale dans un laps de temps de cinq à sept minutes. Puisque chaque minute compte, ce gain est extrêmement important. Il permet de sauver de nombreuses vies. La donne est particulièrement décisive pour les États insulaires : par exemple, sur les îles Samoa, en Océanie, 60 % de la population vit le long des côtes et se trouve donc en première ligne face au risque, selon la scientifique.

Les défis de la prévention

Au-delà de l’amélioration des systèmes d’alerte, beaucoup d’efforts ont été entrepris après la catastrophe, tels que des investissements dans l’éducation aux risques ou la création de plans d’évacuation et de protocoles de sûreté. « Dans certains villages, les habitants écoutent davantage leurs chefs ou les anciens plutôt que les personnes à l’extérieur, c’est pourquoi nous avons ciblé ces personnalités pour rendre compte des alertes », souligne Ardito M. Kodijat, chef du centre d’information sur les tsunamis dans l’océan Indien au bureau de l’Unesco à Jakarta (Indonésie).

Pour Bernardo Aliaga, le meilleur système de protection reste « la surveillance des tremblements de terre, car la plupart des tsunamis en résultent ». L’objectif étant, une fois de plus, de limiter le plus possible les pertes humaines, car il est impossible d’empêcher la destruction de villages entiers ou d’écosystèmes.

Deux décennies plus tard, des cérémonies commémorent le drame partout en Asie, notamment à Banda Aceh, la capitale de la province indonésienne d’Aceh sur l’île de Sumatra, région la plus impactée. Là-bas, un hommage sera rendu dans une fosse commune, où reposent près de 50 000 corps, suivi d’une prière. Avec la Thaïlande, l’archipel indonésien a été le pays le plus meurtri : plus de 160 000 personnes y ont trouvé la mort.

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