Rendez-vous est pris dimanche à 10 heures, Porte des Champs Vauvert, à Saint-Malo, pour une balade philosophique, plus précisément une rando-philosophique, avec Simon Parcot, écrivain, philosophe et randonneur. Depuis le succès de son livre Le bord du monde est vertical (édition Le Mot et le reste. 2022), une ode à la nature à travers l’ascension d’une montagne, l’auteur est sollicité par de nombreux festivals.
Ce dimanche 8 juin, la pluie a laissé la place à un soleil timide. Le vent, lui, est persistant. Sur la plage, une dizaine de portraits de philosophes et d’écrivains protégés par des feuilles transparentes en plastique. Simon Parcot les fixe avec des poignées de sable. Le vent forcit un peu. "Que des Blancs !", constate une randonneuse-philosophe. "C’est donc un regard occidental sur la nature", résume-t-elle, sceptique. Le philosophe en convient.
"J’aime beaucoup cette activité. J’ai arrêté ma carrière de professeur de philosophie au lycée assez rapidement. Pour moi, la marche et la philosophie sont liées"
Simon Parcot, écrivain et philosopheà Franceinfo Culture
Thème du jour "La nature vue d’ailleurs". Le coauteur de Carnet de guides (Glénat) demande à la vingtaine de personnes assises en demi-cercle sur la plage légèrement humide, en majorité des femmes, inscrite à la conférence ambulante de définir le mot, la nature à partir d’un objet, d’un être.
Après un silence gêné, quelques voix s’essaient : "la nature est tout ce qui n’est pas altéré par l’homme. Enlevez les voiliers et le phare de l’horizon et vous avez la nature", "c’est l’invisible qui nous échappe, c’est toujours en mouvement", "la nature, c’est l’espace accueillant, un endroit où on se sent bien", "le moment où je me suis senti proche de la nature, c’est pendant l’accouchement et quand j’ai vu mon bébé nu"…, "Je maintiens les hommes sont à côté de la nature mais n’en font pas partie, vous n’avez qu’à voir les résultats", persiste la première personne à prendre la parole.
Et les dieux, ils font partie de la nature ?
Simon Parcot demande aux participants de prendre un portrait et de la garder pendant la déambulation philosophique. L’assemblée se scinde en plusieurs groupes à cause du vent et du sentier escarpé. Les discussions continuent : "pour moi, la nature est le visible et l’invisible, ce qui a été et ce qui est, faune et flore, la raison et la déraison, le cerveau et l’émotion, le microbe et le géant".
Arrivée à une petite crique préservée du vent, place au cours de philosophie. "Le premier philosophe occidental à évoquer la nature est Aristote, Socrate a pensé l’homme, Platon la politique et Aristote la nature", explique Simon Parcot. "Aristote explique, dans son livre Métaphysique, la nature ce sont les êtres en mouvements, disposant d’une force qui les auto-engendre. C’est tout ce qui naît, croît, grandit et meurt". Et de donner une image parlante : "l’arbre fait partie de la nature, la table non".
"Je ne comprends pas cette vision étriquée de la nature. Et le côté spirituel, et les âmes ?", demande une participante. "Quelle est la définition du spirituel ? Qu’entendez-vous par âme ?", rétorque le jeune philosophe, en parcourant la petite crique. "Les dieux font-ils partie de la nature ? Dans la mythologie grecque, les dieux ne manquent pas", questionne un autre rando-philosophe. "Les dieux ne font pas partie de la nature, ils ont des sociabilités avec les humains mais n’en font pas partie", tranche Simon Parcot.
Aristote et les péripatéticiens
Comme il y a 2 500 années avec Aristote, les péripatéticiens reprennent la route. Le soleil commence à s’affirmer, la baie de Saint-Malo à prendre ses couleurs : bleu et blanc. Lumière vive et ciel bleu. Et comme il y a 2 500 ans, Simon Parcot, tel le philosophe grec, marche devant et échange avec tout le groupe.
Fin de la déambulation devant le tombeau de Chateaubriand, classé monument historique depuis 1954, qui surplombe la mer. C’est ici, sur l'îlot du Grand Bé (presqu’île accessible à marée basse) qu’est enterré François-René de Chateaubriand, précurseur du romantisme.
Les randonneurs malouins ne sont pas avares de détails. Ils connaissent la vie de "leur" écrivain de fond en comble. "Si on se met d’une certaine façon dans la rue de son ancienne maison, on peut voir sa chambre". Le guide philosophe est patient. Il reprend, ensuite, la parole pour dire l’influence de la nature sur l’œuvre de l’auteur et homme politique malouin : "il était, avec Jean-Jacques Rousseau, l’un des premiers à s’intéresser à la nature".
Quelle est donc la définition de la nature ? Les péripatéticiens continuent de philosopher en marchant. La lecture est peut-être un exercice solitaire, confronter ses idées à celles des autres un acte social. Nouveau thème pour une prochaine rencontre. En attendant, ils marchent. Et ils dialoguent