Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.
France Télévisions : Que pensez-vous de l'initiative d'Emmanuel Macron de vouloir introduire les Européens dans le duo entre Vladimir Poutine et Donald Trump ?
Philippe Brun : Il était temps. C'est la première fois d'ailleurs, dans notre histoire récente et sur les cinq dernières années, que l'avenir de l'Europe se décide sans elle. Et il n'y a pas grand-chose à attendre du sommet qui aura lieu demain, tant l'absence des Européens et l'absence des Ukrainiens rendent le dialogue forcément voué à l'échec. Donc le président de la République a raison de taper du poing sur la table. Et il était temps, parce que ça fait un certain moment que nous sommes laissés de côté dans les discussions.
Contrairement à février dernier, où le PS n'avait pas voté la motion de censure sur le budget 2025, êtes-vous déterminé à en voter une dans les semaines qui viennent ?
C'est d'abord un changement de posture du Premier ministre. En janvier, le Premier ministre était celui qui ouvrait grand le dialogue. Il nous a permis d'obtenir de nombreuses victoires. Jérôme Guedj et moi sommes allés négocier. Nous avions obtenu plus de 12 milliards d'euros de concessions pour protéger les classes populaires et les classes moyennes. Là, c'est un autre exercice. On a l'impression que le Premier ministre cherche finalement à partir. Il organise sa sortie. Il fait seul des annonces le 15 juillet, puis ensuite, il décide, tout l'été, de chroniquer son départ. Il va même jusqu'à publier, sur le compte de son parti (Modem), un visuel assimilant Olivier Faure, notre premier secrétaire, à Marine Le Pen.
Est-ce que cela vous a irrité ?
C'est très étrange. Quelqu'un qui a l'intérêt du pays à cœur doit discuter avec tout le monde pour faire adopter un budget, parce que l'intérêt du pays, c'est qu'on parvienne à adopter un budget. Et François Bayrou fait perdre du temps au pays, fait perdre de l'argent à beaucoup d'entreprises, à beaucoup de commerçants, à beaucoup d'artisans. S'il veut partir, qu'il parte dès maintenant. S'il souhaite ouvrir le dialogue et que la France ait un budget, alors il doit changer radicalement de posture.
Pourriez-vous le retenir avec des propositions de votre part afin de négocier comme c'était le cas en février dernier ?
C'est le Parlement qui vote le budget. Et c'est notre pouvoir de donner un budget à la France et notre devoir, c'est d'adopter un budget. Ce que nous constatons, c'est qu'il n'y a quasiment rien à retenir du plan Bayrou. C'est un plan qui tape la France qui travaille, qui se lève tôt, qui met à contribution essentiellement les classes populaires et les classes moyennes, et qui laisse de côté tous ceux qui ont profité de la crise, en particulier les très grandes fortunes. Dès septembre, nous présenterons notre propre plan qui sera équilibré, qui préservera les classes populaires et les classes moyennes, qui mettra en place de la justice fiscale, et qui réduira l'effort, car nous souhaitons éviter l'austérité et étaler dans le temps l'effort budgétaire. Nous souhaitons que ce soit la base de discussion avec le gouvernement, car on ne peut pas discuter d'un plan Bayrou qui nous semble caduque actuellement.
Est-ce une sorte de contre-budget qui pourrait servir de base de négociations avec François Bayrou afin que vous ne votiez pas une motion de censure éventuelle ?
Les socialistes diront leur position, ce qu'est leur plan, ce que nous pensons être un point de discussion avec l'ensemble des groupes à l'Assemblée nationale : préserver la croissance, préserver l'investissement, protéger les classes populaires et les classes moyennes, relancer la consommation qui est terriblement basse aujourd'hui dans notre pays, et dans le même temps rétablir nos finances publiques. Nous ferons cette proposition à la rentrée, et nous pensons que cela doit être la base de discussion et pas ce plan Bayrou qui fait aujourd'hui l'unanimité contre lui, même au sein même de sa majorité. J'ai débattu il y a quelques jours avec un député Modem, et très peu de députés sont prêts à le voter. Il faut donc un nouveau plan.
Est-ce que vous pouvez nous donner les grandes lignes de votre proposition ?
D'abord, l'effort doit être réduit à 43 milliards car nous pensons qu'il faut éviter l'austérité. Et comme un certain nombre de grands instituts l'expliquent, il faut étaler dans le temps l'effort, sous peine de casser définitivement une économie qui est déjà en grande difficulté. Ensuite, il faut évidemment mettre à contribution ceux qui ont profité de la crise comme les grandes fortunes qui ont été totalement exonérées d'efforts durant les huit dernières années. Depuis 2017, 50 milliards de baisses d'impôts par an pour ces personnes très aisées.