Rugby : instinctif, décisif, leadership... Jalibert marche sur l’eau avant la finale de Champions Cup

Bordeaux-Bègles parfaitement lancé vers Cardiff. Dans la dernière ligne qui va les mener à la première finale de Champions Cup de leur histoire, les Girondins se sont imposés - non sans quelques frayeurs, mais sans avoir de pépins à déplorer - face au Castres Olympique (39-24), dans une rencontre marquée par les hommages à l’ailier fidjien Josaia Raisuqe, brutalement décédé la semaine dernière. Un match en deux temps : une démonstration offensive grâce à la force de frappe de ligne de trois-quarts trois étoiles, puis un relâchement quand Yannick Bru a décidé de faire sortir ses meilleurs éléments, afin de les ménager.

«Après l’obtention du bonus offensif, on est gentiment mais sûrement sorti de notre match. Le coaching n’a pas aidé car il manquait de cohérence», a reconnu le manager bordelais. Parmi les joueurs sortis avant l’heure de jeu, l’un d’eux a particulièrement brillé : l’ouvreur Matthieu Jalibert, incisif et dans tous les bons coups. L’international tricolore a en effet été impliqué sur trois des cinq essais de son équipe (il en a marqué un) avec, par deux fois, sa spéciale : ce petit coup de pied par-dessus le premier rideau récupéré à pleine vitesse. Un match de classe international, comme il en a pris l’habitude ces dernières semaines. Malgré un petit peu de déchet dans son rôle de buteur face au CO (4/7). Un détail finalement.

On a souffert, on a eu des désillusions comme l’année dernière en finale. On se bat et on est toujours là

Matthieu Jalibert

Alors, pour le staff bordelais, pas question de prendre de risques et de le perdre avant la finale de samedi (15h45). Yannick Bru était bien décidé à ne pas reproduire les erreurs du passé : «Comme je le dis souvent, nous sommes toujours dans une phase de construction. L’année dernière, en construisant les fondations contre Oyonnax, lors du dernier match de la saison, Matthieu Jalibert, un de nos maçons importants, s’est blessé et nous ne l’avons pas eu pour les phases finales. Aujourd’hui (samedi), même si nous avions été menés, ça aurait été pareil : Matthieu Jalibert sortait à la cinquantième minute.»

Place désormais à cette finale de Champions Cup historique pour l’UBB. Et un duel au sommet à venir avec Fin Smith, le nouvel ouvreur star du XV de la Rose, auteur d’un dernier Tournoi des six nations remarquable. «Ses fulgurances nous ont permis de nous remettre la tête à l’endroit, a salué son trois-quarts centre Yoram Moefana auprès de L’Equipe . C’est tant mieux pour nous, qu’il soit en forme comme ça. Dans son état d’esprit, maintenant, il est tourné vers la semaine prochaine, et j’espère qu’il fera la même chose !»

Je suis content pour Matthieu car il a entamé un travail sur lui-même qui est très important, en termes de leadership et d’autorité qu’il a sur le groupe

Yannick Bru

Après avoir traversé des moments compliquées en début de saison, notamment avec le XV de France, Matthieu Jalibert retrouve la lumière, enchaîne les prestations XXL et prouve, à ceux qui en doutent, qu’il est assurément l’ouvreur français le plus électrique, celui qui peut créer le plus de danger balle en main. Après la demi-finale de Champions Cup brillamment remportée contre Toulouse, le numéro 10 a tenu à souligner les moments compliqués que lui et les siens ont traversé, notamment cette déroute en finale du dernier Top 14 (59-3). Cette deuxième finale en deux ans «récompense toutes ces années où on a cravaché, avait-il rappelé. On a souffert, on a eu des désillusions comme l’année dernière en finale. On se bat et on est toujours là.»

Le demi d’ouverture aux 35 sélections depuis 2018 a gagné en confiance et en influence sur tout le groupe bordelais. Ce qu’avait reconnu, à chaud, Yannick Bru après la qualification pour la finale européenne au Principality Stadium : «Je suis content pour Matthieu car il a entamé un travail sur lui-même qui est très important, en termes de leadership et d’autorité qu’il a sur le groupe, sa capacité à être un vrai bon guide pour l’équipe.» Et d’ajouter : «Je le sentais nerveux avant le match (contre Toulouse en demi-finale de Champions Cup, NDLR). Il savait qu’il allait être évalué dans ce match particulier pour lui. Je suis content pour l’équipe et pour lui car il a montré comment il était dans la conduite du match et il avance, il progresse. C’est bien, bravo à lui.» Encore une marche à franchir, la plus élevée.