Alors que les conclusions de la commission d’enquête du Sénat sur la fraude aux eaux minérales sont publiées ce lundi 19 mai, le rapporteur socialiste Alexandre Ouizille révèle qu’un rapport sanitaire défavorable à Nestlé Waters a été en grande partie vidé de sa substance, rapporte franceinfo.
C’est le témoignage d’un lanceur d’alerte qui a permis de mettre au jour comment plusieurs ministères, mais aussi un préfet, et le directeur de l’Agence régionale de santé d’Occitanie, Didier Jaffre, ont accepté de modifier, à la demande de Nestlé, un rapport de l’Agence régionale de santé (ARS) sur la qualité sanitaire des forages exploités à Vergèze dans le Gard, où est produite la marque Perrier.
Des forages contaminés « par des bactéries, des herbicides et des métabolites de pesticides »
Des modifications fondamentales exécutées dans le but de « dissimuler la contamination de forages contaminés par des bactéries, mais aussi des herbicides et des métabolites de pesticides, parfois interdits depuis des années », selon le rapport, et ce malgré les protestations d’au moins un fonctionnaire, qui a décidé de retirer sa signature pour ne pas cautionner la manœuvre.
« L’industriel a caviardé, est devenu censeur, et même co-auteur d’un rapport d’une autorité régionale de santé. Le fonctionnaire instructeur du rapport a refusé ce caviardage et retiré sa signature. Mais le document a quand même été modifié sous la dictée de Nestlé », résume le rapporteur de la commission Alexandre Ouizille, appelant à une « inspection et sanction ».
Un caviardage exécuté afin de satisfaire les demandes de l’industriel Nestlé, mais aussi de protéger le gouvernement, qui craignait que son implication dans la tromperie ne soit dévoilée au grand public, révèlent d’autres documents, dévoilés par la cellule investigation de Radio France.
Plus d’un an plus tôt, l’affaire de traitements illicites en particulier chez Nestlé Waters (Perrier, Hépar, Contrex) avait été révélée par franceinfo et Le Monde. Les deux médias avaient alors dévoilé que 30 % des marques d’eaux en bouteille « subiss (aient) des traitements non conformes », selon un rapport demandé par le gouvernement à l’inspection générale des affaires sociales (Igas) en 2022. Une procédure judiciaire est en cours à Paris après des plaintes d’associations de défense des consommateurs pour « tromperie » visant Nestlé Waters et Sources Alma.
Pour Perrier, Hépar et Contrex, la direction actuelle de Nestlé Waters assure avoir appris a posteriori, fin 2020, la présence de « traitements non autorisés » sur ses sites, avant de prendre contact mi-2021 avec le gouvernement et jusqu’à l’Élysée. Dix-huit mois plus tard, un plan de transformation des sites de Nestlé Waters est finalement approuvé par les pouvoirs publics.
Pourtant la microfiltration fine installée pour remplacer les traitements interdits fait débat du fait de son caractère désinfectant, et d’ailleurs le directeur général de la Santé de l’époque s’y oppose. Alexis Kohler, alors secrétaire général de l’Élysée, avait lui aussi reçu les dirigeants de Nestlé. Ce dernier a décliné la convocation de la commission d’enquête sénatoriale sur le sujet, invoquant la « séparation des pouvoirs » pour justifier son refus de se présenter.
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