Un mois et demi après son entrée en vigueur, l’accord sur l’immigration entre Paris et Londre, vivement dénoncé par les associations de soutien aux exilés, connaît ses premiers effets. Un premier migrant indien a été expulsé jeudi 18 septembre du Royaume-Uni vers la France, et un second, originaire selon les médias d’Érythrée, l’a été vendredi 19 septembre.
Cet accord, entré en vigueur mardi 5 août, prévoit le retour en France de personnes arrivées illégalement par la mer au Royaume-Uni en échange de l’envoi outre-Manche d’exilés se trouvant en France. Très critiqué par les ONG humanitaires, il se base sur le principe du « un pour un ». Le gouvernement britannique espère ainsi dissuader les traversées, notamment des exilés arrivés à bord de petits bateaux pneumatiques de quelques mètres de longueur, les « small boats ».
« Avec le ”un pour un”, Keir Starmer, veut nous faire croire qu’il ouvre une voie légale, alors même que le regroupement familial existe déjà au Royaume-Uni », fustigeait dans nos colonnes Flore Județ coordinatrice de l’Auberge des migrants, à Calais.
Vers un détricotage de la législation sur l’esclavage ?
Jeudi 18 septembre, le Premier ministre britannique, Keir Starmer, s’est félicité de l’expulsion du premier migrant dans le cadre de l’accord, se disant déterminé à « intensifier le processus ». Depuis début août, le Royaume-Uni a commencé à placer en détention des migrants dans le cadre de cet accord. Selon le journal The Guardian, 92 personnes étaient détenues en début de semaine en attendant leur renvoi en France, rapporte l’Agence France-Presse (AFP).
L’exilé érythréen était arrivé au Royaume-Uni début août après avoir traversé la Manche. Il avait fait recours de son expulsion devant la justice, mais avait été débouté par la Haute Cour de Londres. Mardi 16 septembre, le gouvernement britannique avait subi un revers quand cette même cour avait temporairement bloqué l’expulsion, prévue le lendemain, d’un autre migrant érythréen qui avait contesté son renvoi en se disant victime de trafic d’êtres humains. Le gouvernement a décidé de faire appel et annoncé qu’il allait « examiner » la législation sur l’esclavage moderne pour éviter qu’elle soit « mal utilisée », afin d’éviter des expulsions.
« Il faut arrêter de traiter l’immigration comme une masse qui débarque », se désolait Flore Judet. « Il s’agit de personnes, toutes différentes, avec leur parcours propre : il faut venir sur le terrain, rencontrer tous ces gens et arrêter de déshumaniser en parlant en numéraire », appelait la coordinatrice de l’Auberge des migrants, à Calais. « Les gouvernements anglais et français entendent criminaliser les personnes sur leur façon d’entrer sur le territoire, ce qui va à l’encontre de la convention de Genève, qui oblige les pays à examiner la demande d’asile des personnes arrivant sur un territoire, quel que soit le moyen d’entrée », rappelait-elle enfin.
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