Si Gounod, Offenbach ou Rossini s’invitent cette saison sous les ors de l’Opéra royal, la salle n’oublie pas ce qui constitua longtemps le cœur du répertoire du château de Versailles : l’opéra baroque. Lully et Rameau y sont naturellement particulièrement bien en cour. Rien d’étonnant, donc, à ce que deux de leurs ouvrages les plus célèbres fassent cette année leur retour sur le Domaine.
Atys, tout d’abord, qui en plus d’être l’une des collaborations les plus heureuses de Lully et Quinault et l’opéra préféré du Roi-Soleil fut, au milieu des années 1980, l’un des jalons les plus marquants de renouveau baroque. Ce, grâce au spectaculaire travail de résurrection de l’opéra par William Christie et le metteur en scène Jean-Marie Villégier, aidés de la chorégraphe Francine Lancelot. Faire oublier cette production élevée au rang de mythe (au point qu’elle avait fait l’objet d’une « recréation » voici quinze ans) tenait de la gageure. C’est pourtant le défi que se sont lancés il y a quelques années Laurent Brunner et le directeur du Grand Théâtre de Genève, Aviel Cahn, en proposant au chorégraphe Angelin Preljocaj d’en livrer sa propre vision. Un premier pas dans la mise en scène d’opéra aux allures de coup de maître, pour le directeur de ballet, qui s’est entouré des plasticiennes Prune Nourry (aux décors) et de Jeanne Vicérial (aux costumes) pour en raviver la flamme avec tout l’éclat de la modernité sans jamais en dénaturer le propos, réalisant la fusion parfaite du chant et de la danse dans des espaces d’une rare beauté et en perpétuelle métamorphose. C’est ce spectacle, déjà vu sous les ors de Versailles en 2022 et immortalisé en DVD pour le label du Château de Versailles (qui reviendra du 24 au 28 janvier), avec la distribution qui avait tout autant marqué les esprits à l’époque (Matthew Newlin en Atys, Ana Quitans en Sangaride) sous la baguette de Leonardo Garcia Alarcon.
Passer la publicitéDans un tout autre registre, la Platée (du 13 au 19 avril) confiée au trio de choc Hervé Niquet, Shirley et Dino, fut un autre spectacle marquant des dernières saisons. Prévue au départ pour être créé au printemps 2020, reportée de deux ans à cause du Covid, cette production hilarante et haute en couleur, mariage heureux entre la fantaisie douce-amère d’un Rameau et l’excentricité décomplexée du duo comique (qui n’en connaît pas moins toutes les ficelles du métier) fit les riches heures du Capitole de Toulouse comme de l’Opéra royal. Elle aussi fait son grand retour, avec une grande partie de la distribution qui avait fait son succès : l’impayable Platée sur talons aiguilles de Mathias Vidal, la Folie punk en diable de Marie Perbost ou encore la Junon iconoclaste de Marie-Laure Garnier.
La Didon et Énée de Cécile Roussat et Julien Lubek, elle, n’en est pas à sa première reprise (elle fut encore donnée ici-même à l’automne dernier, avec Sonya Yoncheva dans le rôle de la Reine de Carthage !). Mais sa féerie visuelle, son univers poétique et constamment en mouvement où se mêlent le mime, la danse et le cirque, en font un classique déjà indémodable. Cette nouvelle reprise, en ouverture de saison (du 15 au 16 novembre) sera l’occasion de retrouver dans le rôle de Didon Gaëlle Arquez, entourée d’anciens ou nouveaux membres de l’Académie de l’Opéra royal, de la Belinda stylée de Sarah Charles à l’Esprit de Stéphane Wolf.
Pas d’opéra baroque anglais, enfin, sans Haendel. Pour rendre hommage au premier grand réformateur de l’opéra anglais, Versailles a choisi d’accueillir (du 5 au 11 décembre) rien moins que l’un de ses chefs-d’œuvre les plus emblématiques : Ariodante, qui inaugura en 1735 son mandat de directeur de Covent Garden, et lui permit d’écraser la concurrence féroce de ses rivaux londoniens. Une nouvelle production confiée au metteur en scène Nicolas Briançon (qui avait signé pour Les Arts Florissants une belle mise en espace du même ouvrage, à la Philharmonie de Paris, il y a deux ans). Et qui réunira surtout sous la baguette de Stefan Plewniak à la tête de l’Orchestre de l’Opéra royal un bouquet de voix promettant un véritable feu d’artifice : de Franco Fagioli (qui succédera au célèbre castrat Carestini dans le rôle-titre) à Gwendoline Blondeel, en passant par l’étoile montante des contre-ténors français, Paul-Antoine Bénos-Djian, ou la soprano Catherine Trottmann.