Pierre-Baptiste L’Hospital, le bottier virtuose

L’art du talon-pointe n’est pas réservé aux pilotes de course. Prodige dans l’univers des jeunes créateurs bottiers, Pierre-Baptiste L’Hospital en est la démonstration. Dans le cercle fermé des amateurs avisés de souliers sur mesure, son nom circule en ce moment à toute vitesse. Bouillonnant d’idées et doué d’un talent rare pour le façonnage du cuir, notamment pour les volumes, le parcours de ce jeune homme pressé est digne de celui d’un champion. Ce jeune Alsacien n’a pas 30 ans. En moins de cinq ans, il a fondé sa propre maison de sur-mesure, baptisée Arpent Bespoke, ouverte aux créations masculines autant que féminines, et a déjà séduit des esthètes parmi les plus exigeants ou attiré à lui des artistes. « Pierre-Baptiste L’Hospital est non seulement un exceptionnel artisan bottier, mais aussi un artiste. J’ai été heureux de collaborer avec lui pour une paire de souliers vernis de concert », nous confie le violoniste Renaud Capuçon avec enthousiasme.

Le jeune homme originaire de Neuve-Église, dans le Bas-Rhin, commence par des études de droit, mais préfère rapidement passer son CAP de cordonnier-bottier, qu’il obtient en 2020 grâce à la formation qu’il a entamée chez les Compagnons du devoir. Dès l’année suivante, percevant immédiatement que chausser est une discipline technique qui doit aussi prendre en compte la science du pied, il poursuit par un CAP de podo-orthésiste, bagage qu’il complétera ensuite par une formation en stylisme et modélisme chaussure à l’Institut Colbert du Conservatoire national des arts et métiers. Instantanément doué, il est deux fois médaillé d’or au concours un des meilleurs apprentis de France. Mais son centre d’intérêt principal, c’est la matière. Ce cuir qu’il a commencé à toucher et à travailler, à refendre, à étirer lors de son premier stage au sein des ateliers de Berluti. « Pendant deux ans, j’ai côtoyé l’excellence dans cet atelier de sur-mesure aux Rosiers-sur-Loire. Je n’avais pas besoin de plus pour être convaincu », glisse-t-il, comme une confession.

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Une relation avec le cuir aussi sensuelle que technique

Il faut voir son œil pétiller lorsque sa main effleure une peau méticuleusement sélectionnée. La relation qu’il entretient avec le cuir est aussi sensuelle que technique. « J’aime le contact avec le cuir, lorsque, avant la coupe, j’observe comment il se comporte, comment il réagit au pli et que je teste son prêtant. Je l’étire, je le masse pour vérifier que des veines ou des frisures n’apparaissent pas », explique-t-il. Ses choix sont éclectiques, il travaille aussi bien les cuirs bovins au grain naturel régulier que les peaux exotiques, en particulier le crocodile, dont les asymétries l’intéressent. Peaux de lézard, et pourquoi pas de galuchat, mais aussi agneau ou chèvre entrent dans sa grammaire créative. S’il se détourne des patines, il reconnaît favoriser les cuirs peu couverts par rapport à ceux très pigmentés. 
toujours en quête d’explorations.

Les femmes recherchent plus d’originalité, sans omettre le confort ; pour les hommes, le jeu entre le respect et la transgression des codes est plus subtil

Pierre-Baptiste L’Hospital

Dans tous les cas, il en juge en connaisseur, et maintenant qu’il est indépendant il se montre intransigeant sur les provenances et la sélection des tanneries avec lesquelles il travaille. Pierre-Baptiste L’Hospital a aussi passé un an au sein de la maison Massaro, prestigieuse enseigne parisienne fondée en 1894 et notamment célèbre pour avoir créé l’escarpin bicolore pour Gabrielle Chanel. Abrités désormais sous le giron du 19M, et protégés par le groupe Chanel, les ateliers y distillent des savoir-faire uniques dans l’art de gainer le pied féminin. Une aubaine pour Pierre-Baptiste L’Hospital, toujours en quête de nouvelles explorations propices à stimuler sa créativité. « Les femmes recherchent plus d’originalité, sans omettre le confort ; pour les hommes, le jeu entre le respect et la transgression des codes est plus subtil », analyse le créateur, qui aime mettre en forme des talons bobine et fait preuve d’une intarissable culture allant de l’histoire de la mode au design contemporain.

Les bottes et chaussures sur mesure de Pierre-Baptiste L’Hospital

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Récemment, il a fait sensation en présentant une botte futuriste, alliant méthodes de travail traditionnelles et design rétrofuturiste, baptisée The Space Walker. Indépendant dans l’âme, il a songé très tôt à s’installer à son compte, mais il lui paraissait aussi important de parfaire sa formation par une expérience auprès du célèbre bottier allemand Patrick Frei, en Allemagne, puis de perfectionner son savoir du patronage et du prototypage. Ce sera à la manufacture nantaise Bontemps, et dans le saint des saints de la chaussure sur mesure parisienne, chez John Lobb.

Formateur au sein de J.M. Weston

Si désormais il marche à son propre pas, avec son atelier parisien Arpent Bespoke et son adhésion à la chambre syndicale nationale des bottiers, il voit déjà beaucoup plus loin. Fait rare pour un créateur si jeune, il s’est déjà engagé dans une démarche de transmission de son savoir et des techniques qu’il réinvente avec brio, notamment en explorant de nouveaux procédés de patronage, de piquage et de montage sur mesure. Maître de stage aux Compagnons du devoir, il est également formateur au sein de la manufacture J.M. Weston à Limoges, laquelle poursuit son passionnant programme d’échange franco-japonais sous l’égide de la Fondation d’entreprise J.M. Weston. Entre passionnés méticuleux, agiles et exigeants, il est aisé de se comprendre, d’apprendre et de progresser. « Chaque paire de souliers sur mesure raconte une histoire : celle d’un artisanat exigeant où la matière guide la main et façonne l’exception », conclut Pierre-Baptiste L’Hospital. Ce jeune bottier est bien parti pour imprimer son empreinte.

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