La situation ne cesse de s’aggraver dans la province frontalière de Surin, au nord-est de la Thaïlande. Ce jeudi 24 juillet, Bangkok déplore la mort de douze personnes, dont un enfant de huit ans, à la suite de tirs d’artillerie et de roquettes de la part de Phnom Penh.
De son côté, le ministère de la Défense cambodgien a accusé l’armée thaïlandaise d’avoir « violé l’intégrité territoriale du Cambodge » en déployant six avions de combats F-16, invoquant ensuite « le droit du pays à la légitime défense pour repousser l’incursion ».
Ces agressions, dont les deux monarchies s’accusent mutuellement, sont l’apogée d’une escalade militaire débutée il y a quelques mois. Après de brefs échanges de tirs conduisant à la mort d’un soldat cambodgien le 28 mai, c’est la découverte d’une mine antipersonnel dans la zone frontalière de Chong Bok qui envenime la situation.
Première ministre thaïlandaise démise de ses fonctions
Cinq soldats thaïlandais sont blessés, l’un d’entre eux perd une jambe. Aussitôt, l’ambassadeur thaïlandais au Cambodge est rappelé et son homologue cambodgien en Thaïlande est expulsé. Phnom Penh est accusé d’avoir placé de nouvelles mines.
Une accusation grave au vu du passé du pays, où entre quatre et six millions de ces armes interdites par la Convention d’Ottawa ont été posées entre 1967 et 1975. Le Cambodge a démenti, assurant qu’il s’agissait justement d’anciennes mines datant de cette époque.
Parallèlement, les gouvernements et armées des deux monarchies ont multiplié les décisions belliqueuses et nationalistes. Une semaine avant les affrontements, le Premier ministre du Cambodge, Hun Manet, a annoncé l’instauration du service militaire obligatoire en 2026.
Le 1er juillet dernier, Paetongtarn Shinawatra était démise de ses fonctions de Première ministre thaïlandaise, après un entretien téléphonique avec Hun Sen – ancien dirigeant du Cambodge – où elle avait, entre autres, critiqué le bellicisme d’un général thaïlandais.
Aux origines : la France coloniale
C’est la première fois depuis quinze ans que le Cambodge et la Thaïlande s’affrontent aussi violemment. Entre 2008 et 2011, les deux armées s’étaient opposées après que le premier a fait inscrire le temple de Preah Vihear au patrimoine mondial de l’Unesco. Celui-ci est disputé depuis 1907, quand la France – dont le Cambodge était sous protectorat – et le royaume de Siam – actuellement la Thaïlande – s’accordent sur un nouveau tracé des frontières.
Un accord déséquilibré qui conduit la Thaïlande à réclamer ce temple dès 1934. C’est seulement en 1962 que la Cour internationale de Justice tranche définitivement en faveur du Cambodge.
Depuis, la territorialité du temple de Preah Vihear est restée un enjeu politique tant pour la Thaïlande que le Cambodge, attisant les braises du nationalisme dans l’opinion publique et conduisant à de nombreux affrontements. Perché sur une colline, celui-ci, bien que cambodgien, n’est accessible qu’en passant par la Thaïlande.
Pendant que les échanges de tirs se poursuivaient, le Premier ministre cambodgien s’est adressé au président du Conseil de sécurité des Nations Unies en réclamant une « réunion d’urgence » de celui-ci. La Chine et la Malaisie, en bonne entente avec les deux monarchies, ont appelé au calme, exprimant leur inquiétude et leur préoccupation. L’Union européenne a également appelé à la « désescalade » entre les deux pays.
Être le journal de la paix, notre défi quotidien
Depuis Jaurès, la défense de la paix est dans notre ADN.
- Qui informe encore aujourd’hui sur les actions des pacifistes pour le désarmement ?
- Combien de médias rappellent que les combats de décolonisation ont encore cours, et qu’ils doivent être soutenus ?
- Combien valorisent les solidarités internationales, et s’engagent sans ambiguïté aux côtés des exilés ?
Nos valeurs n’ont pas de frontières.
Aidez-nous à soutenir le droit à l’autodétermination et l’option de la paix.
Je veux en savoir plus !