Le 17 avril 1975, les Khmers rouges entrent à Phnom Penh, entamant le massacre de la population qui s’est prolongé pendant quatre ans et a provoqué la mort de 2 millions de Cambodgiens. Cinquante plus tard s’ouvre au Forum des images à Paris « Qui se souvient du génocide cambodgien ? », une programmation de films de fiction et de documentaires.
Autour du travail de Rithy Panh, dont l’Image manquante (2013) est projeté ce 16 avril en ouverture, des œuvres des enfants de la diaspora cambodgienne et de cinéastes étrangers : ce programme interroge cette période et ses conséquences. Soko Phay, professeure d’histoire de l’art à l’université Paris-VIII, et Pierre Bayard, professeur émérite en littérature à l’université Paris-VIII et psychanalyste, reviennent sur le travail de mémoire autour de ce génocide et l’importance des images.
Est-il moralement possible de représenter le génocide cambodgien ?
Soko Phay : La question de l’irreprésentable ne se pose pas pour les artistes cambodgiens. Pour eux, il n’y a pas d’interdit, au sens où l’entendait Claude Lanzmann, qui estimait que toute représentation ou toute utilisation d’images d’archives devaient être frappées d’interdit face à l’horreur de la Shoah, tant celle-ci était inexplicable et indicible.
J’en avais parlé avec Vann Nath, l’un des survivants du centre d’exécution S21 à Phnom Penh. Son...