Naufrage meurtrier dans la Manche : dix hommes sont jugés pour un rôle présumé de passeurs

Alors que le sinistre bilan du nombre d’exilés morts dans la Manche s’élève à au moins 15 depuis le début de l’année 2025, selon un décompte de l’Agence France-Presse à partir de chiffres officiels, dix hommes – huit afghans, un syrien, un irakien – sont jugés de ce lundi 16 juin jusqu’à vendredi 20 juin à Lille. Ils sont accusés d’avoir assuré le rôle de passeurs dans le naufrage d’une embarcation clandestine qui avait fait quatre morts et quatre disparus dans la Manche dans la nuit du 13 au 14 décembre 2022. Neuf des personnes sur le banc des accusés sont jugés pour homicide involontaire par violation d’une obligation de sécurité, deux d’entre eux le sont pour blanchiment, tous pour aide au séjour irrégulier.

Le procès intervient dans un contexte de violation des droits humains, dans lequel le gouvernement français continue de mener une politique ultra-répressive à l’égard des étrangers qui tentent la traversée vers le Royaume-Uni, tandis que l’association de soutien aux personnes exilées Utopia 56 dénonce les « conséquences » désastreuses de la « répression policière sur le littoral ». En mars dernier, la justice administrative a confirmé que les autorités n’avaient plus le droit d’empêcher les associations de distribuer des repas aux exilés à Calais.

L’eau est entrée dans l’embarcation

Avant le départ de l’embarcation, les exilés, en majorité afghans, qui gonflaient le bateau ont entendu une détonation, synonyme selon eux de crevaison, selon les témoignages des rescapés. Les passeurs leur auraient dit de ne pas s’en faire et qu’il s’agissait du seul bateau disponible pour eux. Dans la nuit du 13 au 14 décembre 2022, le canot est parti entre 1 heure et 1 h 30 du matin. La température était glaciale et la mer très agitée.

Après une ou deux heures de traversée, un boudin a commencé à se dégonfler et l’eau est entrée dans l’embarcation, jusqu’à atteindre les genoux des passagers, selon les éléments de l’enquête. Paniqués, ils se sont mis debout pour tenter de faire signe à un bateau. Mais le fond du canot, peu solide, a ployé sous leur poids et celui de l’eau, et tous se sont retrouvés à l’eau. Le canot a fait naufrage à quelques kilomètres des côtes anglaises.

Toujours d’après les témoignages, il n’y avait pas assez de gilets de sauvetage pour tout le monde et aucune des personnes décédées n’en portait un. Trente-neuf personnes, dont huit mineurs, avaient pu être sauvées. La même nuit, sept autres départs d’embarcations tentant la traversée avaient été dénombrés dans la Manche.

Certains des prévenus sont soupçonnés d’avoir recruté des passeurs et assuré la logistique auprès des passagers, d’autres d’avoir géré l’organisation sur le camp d’exilés de Loon-Plage (Nord), où vivaient les personnes avant leur tentative de traversée, toujours selon les éléments de l’enquête. D’autres encore sont jugés pour s’être occupés du transport des migrants vers la plage et de la mise à l’eau du canot, et deux pour avoir collecté une partie des paiements. Le mineur sénégalais qui pilotait le canot est, lui, inculpé dans le cadre d’une procédure au Royaume-Uni.

Alors que ce procès s’ouvre, sur la côte les drames qui frappent les exilés se poursuivent. Dans un camp de migrants près Dunkerque (Nord), une personne a été tuée par balles dimanche soir et deux autres blessées, a indiqué l’Agence France-Presse, lundi 16 juin, de source policière, après une fusillade ayant déjà fait un mort et cinq blessés de nationalité soudanaise dans la même zone samedi. Dans la foulée, le collectif de soutien aux personnes exilées Utopia 56 a précisé, sur le réseau social X : « Fatalement, les réseaux occupent l’espace créé par les politiques aux frontières. Il faut des voies légales, il les faut maintenant. »

Le journal des intelligences libres

« C’est par des informations étendues et exactes que nous voudrions donner à toutes les intelligences libres le moyen de comprendre et de juger elles-mêmes les événements du monde. »
Tel était « Notre but », comme l’écrivait Jean Jaurès dans le premier éditorial de l’Humanité.
120 ans plus tard, il n’a pas changé.
Grâce à vous.

Soutenez-nous ! Votre don sera défiscalisé : donner 5€ vous reviendra à 1.65€. Le prix d’un café.
Je veux en savoir plus !

Информация на этой странице взята из источника: https://www.humanite.fr/societe/exiles/naufrage-meurtrier-dans-la-manche-dix-hommes-sont-juges-pour-un-role-presume-de-passeurs