Notre critique de La Femme de ménage : une adaptation au karcher qui ne craint pas de se salir les mains

Notre critique de La Femme de ménage : une adaptation au karcher qui ne craint pas de se salir les mains

En quête d’un nouveau départ, Millie (Sydney Sweeney) accepte un poste de femme de ménage à demeure chez Nina (Amanda Seyfried) et Andrew Winchester, un couple aussi riche qu’énigmatique. Daniel McFadden/Lionsgate

CRITIQUE - Paul Feig transpose le best-seller de Freida McFadden. Entre jeu de dupes à la Hitchcock et surenchère racoleuse, Sydney Sweeney et Amanda Seyfried s’en donnent à cœur joie.

Passer la publicité Passer la publicité

Les critiques font peut-être les fines bouches, jugeant les intrigues « d’une finesse de Stabilo ». Mais les chiffres donnent le vertige. Avec 7,1 millions d’ouvrages vendus en France et plus de 35 millions dans le monde, Freida McFadden et sa trilogie La Femme de ménage  règnent sur les rayonnages des librairies. Hollywood ne pouvait plus longtemps résister au phénomène et propose, trois ans après la parution du premier tome, son adaptation au cinéma. Le résultat est un thriller domestique racoleur, un poil kitsch et désuet, qui rappelle l’apogée du genre dans les années 1990 quand le public frissonnait devant La Main sur le berceau et JF partagerait appartement. Un pastiche pas forcément subtil, mais distrayant pour peu que l’on accepte de débrancher la partie logique de son cerveau.

Tout juste placée en liberté conditionnelle après avoir passé toute sa vingtaine en prison, Millie est en quête d’un nouveau départ. La jeune femme, qui dort dans sa voiture, pense avoir touché le gros lot quand elle est embauchée par Nina et Andrew Winchester pour être leur employée de maison à demeure dans leur manoir du nord de New York.

Passer la publicité

Nina met les petits plats dans les grands pour l’accueillir : douceurs sucrées et nouveau téléphone portable. Mais à peine Millie installée dans la spacieuse chambre du grenier à la fenêtre condamnée, la patronne affable se transforme en harpie. Nina accuse Millie de lui voler ses notes de présentation pour la réunion de parents d’élèves, de s’habiller de manière trop aguicheuse. Millie est aussi aux premières loges des disputes homériques entre Nina et Andrew. Le doute s’installe chez la jeune femme : qui est vraiment Nina, que l’on soigne pour schizophrénie ? Pourquoi Andrew, auquel l’ex-détenue n’est pas insensible, passe-t-il à sa femme toutes ses sautes d’humeur ? Est-il un saint ? Est-il victime d’un chantage ?

sgdfgfd

Spécialiste des comédies noires et trash mettant en scène des antihéroïnes, le réalisateur Paul Feig (Mes meilleures amies) est dans son élément avec La Femme de ménage, et assume la surenchère constante des rebondissements, qui mettent à rude épreuve la crédulité du spectateur. Il transforme Sydney Sweeney (Millie) et Amanda Seyfried (Nina) en Joan Crawford et Bette Davis modernes. La première, découverte dans la série Euphoria, joue sur son image de blonde sex-symbol mais est limitée par un registre qui exige naïveté et séduction. C’est la seconde qui porte le film sur ses épaules et rend supportables les incohérences scénaristiques volontaires du premier acte. La comédienne de Mamma Mia ! en pleine renaissance et exceptionnelle dans Le Testament d’Ann Lee qui sort mi-mars, se lâche en femme au foyer désespérée.

Lorsque le film explore enfin son point de vue, le crépage de chignons soap prend un tournant hitchcockien qui maintient la barque à flot. Parfois trop parcimonieux dans l’humour, Paul Feig n’ose pas pousser le curseur du ridicule et du mauvais goût jusqu’au bout. Avant de signer une confrontation finale sanglante à souhait, il s’égare dans des digressions charnelles faussement transgressives, négligeant les sous-entendus sociaux et féministes.

L’avis du Figaro 2/4