Des révélations sur l’utilisation de filets par la police française pour empêcher les embarcations d’exilés de traverser la Manche suscitent une grande inquiétude. Amnesty International au Royaume-Uni qualifie cette pratique d’« imprudente et dangereuse », pointant un risque majeur pour les vies humaines.
« Les informations selon lesquelles les autorités françaises pourraient utiliser de grands filets pour neutraliser de petites embarcations dans la Manche sont profondément inquiétantes », a déclaré, ce 19 novembre, Tom Southerden, directeur du programme juridique d’Amnesty UK. Selon lui, appliquer des tactiques conçues pour intercepter des bateaux rapides de trafiquants de drogue à des « canots pneumatiques surchargés et instables, pleins de personnes en quête de protection » est une « approche intrinsèquement dangereuse ».
Londres et Paris responsables de la crise humanitaire en mer
Amnesty rappelle que ces manœuvres, consistant à bloquer ou enchevêtrer des hélices de bateaux « sont presque certaines de provoquer des chavirements, de la panique et des morts évitables ». L’Ong souligne que les autorités françaises sont parfaitement informées de « l’impossibilité d’exécuter ce types d’interceptions en toute sécurité. » Elle pointe la surenchère sécuritaire des deux gouvernements, français et britannique, « qui mettent des vies humaines en danger. »
Outre-Manche, les autorités estiment que 38 700 exilés ont franchi la Manche depuis le début de l’année, dépassant déjà les 36 816 comptés en 2024. Les politiques sécuritaires n’empêchent pas les personnes en quête de refuge de traverser et entraînent régulièrement des drames. Au moins 26 personnes sont mortes en 2025 lors de ce type de tentatives. Ce funeste décompte avait dépassé les 78 décès en 2024.
Un accord passé cet été entre Londres et Paris se fonde sur le principe que chaque exilé renvoyé en France par les Anglais, suite à une arrivée jugée illégale au Royaume-Uni, serait compensé par l’accueil d’un autre envoyé légalement depuis la France. Depuis août, seulement 57 auraient été accueillis outre-Manche, alors qu’une centaine ont été expulsés.
L’appel d’Amnesty à stopper les expulsions dangereuses
Et déjà, à plusieurs reprises, certains de ces exilés expulsés ont repris le risque d’une traversée par la mer. Début novembre, les autorités britanniques ont déclaré avoir identifié une deuxième personne parvenue à regagner les côtes britanniques à bord d’une embarcation de fortune alors qu’elle avait été expulsée dans les semaines précédentes.
Pour Amnesty, ces traversées sont surtout le résultat d’un manque de voies migratoires légales et sécurisées. « Répondre par des tactiques qui pourraient tuer n’est pas du contrôle des frontières, c’est une violation des obligations fondamentales liées au droit à la vie », dénonce Tom Southerden, appelant Londres et Paris à « abandonner immédiatement tout plan qui risque de transformer la Manche en cimetière » et à « se concentrer sur l’ouverture de voies sûres et l’amélioration des procédures d’asile. (…) Les politiques qui jouent avec la vie des gens en mer sont indéfendables. »
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