Derrière ce procès se cache la volonté de démanteler un vaste réseau de passeurs qui opère en Europe. Ce mardi 18 novembre, le tribunal correctionnel de Paris a condamné huit personnes à des peines allant de 3 à 15 ans de prison ferme. Ils étaient jugés pour leur responsabilité dans le naufrage d’un bateau dans la Manche qui avait causé la mort de sept migrants afghans.
Les condamnés, âgés de 23 à 45 ans, étaient notamment accusés d’homicides involontaires, de mise en danger d’autrui, ou encore d’aide à l’entrée, à la circulation ou au séjour irréguliers. Parmi eux, certains étaient soupçonnés de faire partie d’un réseau de passeurs qui se livrait à une guerre de territoire sur le littoral français.
Une « guerre de territoire »
Le drame s’est produit dans la nuit du 11 au 12 aout 2023, lorsqu’un « small boat » avec 67 personnes à bord quitte la plage de la Huchette, près de Calais. En haute mer, le moteur cesse de fonctionner et le pneumatique chavire. L’accident fait sept morts, tandis que 60 personnes sont prises en charge par les secours français et britanniques.
Le procès, qui a démarré le 4 novembre, visait à déterminer les responsabilités individuelles des prévenus. Ils étaient présentés comme faisant partie d’un réseau de passeurs qui organisaient des traversées pour des migrants. Selon l’enquête, il était structuré en deux branches, l’une irako-kurde chargée de la logistique, l’autre afghane chargée du recrutement des candidats à l’exil.
La procureure générale avait assumé des réquisitions fermes contre les prévenus « aveuglés par leur volonté d’enrichissement », qui ont « mis à disposition des embarcations de fortune surchargées à l’extrême », avait-elle fustigé.
Et d’ajouter « Alors qu’ils n’aspiraient qu’à l’espoir d’une vie meilleure, ils sont morts du mépris de ces passeurs pour la vie ».
Elle avait notamment mis en cause Idriss K. et Tariq H., deux Kurdes condamnés respectivement à 15 et 12 ans de prison ferme, soupçonnés d’être les organisateurs principaux à l’origine du drame. Pendant les audiences, la présidente du tribunal avait souligné, en s’appuyant sur des écoutes téléphoniques, la « guerre de territoire » sur le littoral français qui opposait Idriss K. à des réseaux de passeurs concurrents.
Dans un échange avec un autre interlocuteur, il menace : « Tu joues beaucoup. Hier, tu as envoyé un zodiac d’ici (assorti d’une géolocalisation). Si tes chauffeurs (de bateau) reviennent, je vais leur mettre une balle dans la tête ». À Tariq H., Idriss K. parle aussi d’un concurrent iranien, avec lequel il ne parvient pas à partager des plages entre Calais et Dunkerque. « Si on met fin au problème avec l’Iranien, on va pouvoir charger deux, trois fois par semaine », dit-il.
À l’encontre des prévenus afghans, le ministère public a prononcé des peines allant de 3 à 9 ans de prison ferme.
Un seul des accusés, un Soudanais, pilote présumé de l’embarcation, condamné à deux ans de prison avec sursis déjà en détention depuis le 16 août 2023, a été relâché. Il avait témoigné contre les autres prévenus. « Ils nous ont dit “vous allez tous monter, celui qui ne monte pas, on va le tuer”. Ils avaient des bâtons et des armes à feu », a raconté le prévenu, qui était certain au vu de l’état du pneumatique que celui-ci ne « tiendrait pas ». La procureure lui a reconnu « un statut de victime, au regard de son parcours de vie depuis sa naissance dans un pays en guerre perpétuelle », jusqu’à la plage de Calais.
Le journal des intelligences libres
« C’est par des informations étendues et exactes que nous voudrions donner à toutes les intelligences libres le moyen de comprendre et de juger elles-mêmes les événements du monde. »
Tel était « Notre but », comme l’écrivait Jean Jaurès dans le premier éditorial de l’Humanité.
120 ans plus tard, il n’a pas changé.
Grâce à vous.
Soutenez-nous ! Votre don sera défiscalisé : donner 5€ vous reviendra à 1.65€. Le prix d’un café.
Je veux en savoir plus !