Lutte contre le trafic de drogues, un autre chemin est possible

Cet été, Clermont-Ferrand, comme bien d’autres villes auparavant, a été l’objet de toutes les attentions médiatiques et récupérations politiques. La cause ? Le trafic de drogue et ses violences ne font qu’augmenter. Le décompte macabre n’en finit pas : 4 morts à déplorer, plus d’une dizaine de fusillades et plusieurs blessés. Ce week-end, deux balles perdues ont terminé leur course dans la chambre inoccupée d’un logement.
Vendredi, Bruno Retailleau sera en déplacement à Clermont-Ferrand. La droite locale et le Maire socialiste s’en félicitent. Comme si, alors que son Gouvernement sera démis 48 heures après, la mise en scène sécuritaire du Ministre permettrait -enfin- de régler le problème. Je propose une autre méthode : que ce déplacement dans notre ville soit l’occasion pour ces Messieurs de faire leur propre bilan : celui du tout répressif en matière de lutte contre le « narcotrafic ». Une politique pratiquée depuis des décennies, qui se solde dans notre ville et partout ailleurs par un échec complet, et que Bruno Retailleau s’évertue à poursuivre en y ajoutant racisme et xénophobie.
Sur le terrain, dans les quartiers populaires et dans le centre-ville, ce sont les habitantes et habitants qui subissent la partie visible du trafic : occupation de plus en plus importante de l’espace public, nuisances sonores permanentes, intimidations, violences, usages d’armes à feu mais aussi consommations de drogues au grand jour, souvent à proximité de lieux accueillant des enfants.
Les déploiements des forces de l’ordre dans plusieurs endroits de la ville, qualifiés « de harcèlement » par les autorités, ne font ni baisser le niveau de violence, ni l’ampleur du trafic. Pas plus que la pénalisation des consommateurs. Ce ne sont pas les quelques saisies, amendes forfaitaires et arrestations qui parviendront à contrebalancer ce bilan : leurs résultats sont dérisoires, rapportés à la situation. Résultat, l’inquiétude et la colère se diffusent dans la population.
Il est temps de prendre un tout autre chemin. Sortir de l’aveuglement répressif qu’agite en vain Bruno Retailleau et nous tourner vers nos voisins européens.
Le Portugal, en dépénalisant, mène la bataille en faisant de l’usage des drogues un enjeu de santé publique. Le consommateur est accompagné dans un parcours de soins plutôt que condamné. Résultat, la consommation diminue, à l’inverse de la France, et les pouvoirs publics concentrent leurs moyens sur la lutte contre les réseaux. Notre pays souffre cruellement de l’absence de politiques efficaces : les décrets qui autorisent l’expérimentation des salles de consommation à moindre risque, pourtant plébiscitées par les riverains, ne sont pas renouvelés. Trop peu de moyens sont alloués à la prévention en milieu scolaire. Les services d’addictologie gèrent, comme le reste de l’hôpital public, la pénurie et la saturation.
Il faut aussi assumer de légaliser le cannabis. C’est un des nombreux leviers à notre portée, qui ne doit plus être un tabou français. 14 pays européens ont réformé leur législation en la matière, avec des résultats probants. Cela nécessite de sortir du déni : des millions de personnes consomment du cannabis de manière récréative chaque année en France.
Il faut cesser d’être hypocrites : les réseaux se nourrissent de la pauvreté et de l’effondrement de nos services publics. Ce ne sont pas les couvre-feux pour mineurs, les suppressions d’allocations ou les expulsions de familles qui régleront le problème. Il faut redonner les moyens à l’École, à la Protection Judiciaire de la Jeunesse, à la Protection de l’enfance et à la Prévention spécialisée, rétablir la police de proximité pour protéger chaque mineur en danger.
Enfin, le narco-business est un problème global et international. Il y a urgence à lutter contre le blanchiment d’argent et la délinquance financière, qui contribuent à ce fléau afin d’assécher le trafic. À s’attaquer aux têtes de réseaux, ce qui suppose de redonner des moyens à la police judiciaire afin qu’elle puisse conduire des enquêtes au long cours.
Il n’y a pas de fatalité, il y a un autre chemin.
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