Le long des remparts de Saint-Malo, épuisette sur l’épaule, contre toute apparence, Sabine ne part pas à la pêche à pied dans la baie de la cité corsaire. C’est une cueillette bien moins maritime qui l’occupe en ce vendredi matin, jour de départ ici même de la 7e étape de la Grande Boucle 2025. Sabine file à la chasse aux 18 millions de goodies déversés par la caravane publicitaire du Tour de France.
Jusque-là rien de totalement exceptionnel, y compris dans la démesure des chiffres du grand barnum jaune, si ce n’est peut-être le matériel prévu par Sabine pour cette chasse aux bobs, échantillons, porte-clés, sachets de bonbons et autres aimants à coller sur le frigo.
Une épuisette, ce n’est pas si banal sur le Tour. Certes, depuis son avènement en 1930, la caravane assure chaque jour le spectacle avec son défilé de chars commerciaux, pas moins de 171 véhicules, et galvanise les 10 millions de personnes massées sur les bords des routes.
Le Tour, c’est un tout, la course des héros et la caravane sans laquelle seuls les passionnés de vélo seraient encore fidèles au rendez-vous de juillet.
Mais cette année, la chasse aux goodies a pris une autre tournure. Pour ne pas rentrer bredouille, patience, technique et ruse ont essaimé dans le public. Rapporter un maximum de cadeaux est devenu un objectif réclamant rigueur, organisation, méthode. Alors, les conseils malins ont envahi la toile et les tutos pour fabriquer son carton avec cible ont inondé les réseaux sociaux.
La première vidéo « du meilleur piège à goodies », postée sur la plateforme TikTok, a fait boule de neige, notamment auprès des plus jeunes. Logique, le réseau social cible les 15-24 ans et annonce en France 3,4 millions de visiteurs par jour.
Forcément, les routes du Tour se sont jonchées de cibles en tout genre : paniers de baskets ou panières à linge, filets et constructions éphémères. L’idée maîtresse étant d’être le plus remarquable possible par les caravaniers attitrés au lancement des produits publicitaires.
Mais au-delà de l’anecdote, qui fait sourire par l’avalanche de créativité juste pour s’assurer une razzia d’échantillons, le phénomène dit quelque chose du succès populaire du Tour, de sa capacité à rassembler, à fédérer, de l’engouement qui jamais ne s’éteint, et même du rajeunissement de son public.
Comme si le Tour ne vieillissait pas, épousant l’époque et ses codes, façonnant les modes. Laboratoire sociologique, il parle de Sabine et de tous les autres, ces 10 millions du bord des routes, mais aussi des 40 millions de téléspectateurs en France. Avec ou sans épuisette.