"L'Étranger", "La Petite Dernière", "Chien 51", "Les Tourmentés"... Du livre au film, quatorze adaptations à découvrir sur grand écran

Le festival De l'écrit à l'écran, qui a démarré, vendredi 19 septembre à Montélimar, programme en avant-première quelques-unes des adaptations d'œuvres de la littérature française que lecteurs et cinéphiles ont hâte de découvrir. On retrouvera ainsi en compétition L'Inconnu de la Grande Arche, La Condition, Dites-lui que je l'aime ou encore La Disparition de Josef Mengele.

Le très attendu film de François Ozon, L'Étranger adapté du roman d'Albert Camus, est projeté en avant-première samedi 20 septembre en présence du cinéaste. Les festivaliers découvriront aussi À pied d'œuvre de Valérie Donzelli, prix du scénario à la dernière édition de la Mostra et également en compétition à Montélimar. Franceinfo Culture vous a préparé une petite liste de longs-métrages à aller voir ou à guetter sur le grand écran.

1"Connemara"

Connemara : d'abord la célèbre chanson de Michel Sardou, puis le livre de Nicolas Mathieu et désormais un film, celui d'Alex Lutz adapté du roman éponyme et présenté au dernier Festival de Cannes. La prose de Nicolas Mathieu, publiée chez Actes Sud en février 2022, est "surtout le récit de ce tremblement au mitan de la vie, quand le décor est bien planté et que l'envie de tout refaire gronde en nous". "Le récit d'un amour qui se cherche par-delà les distances dans un pays qui chante Sardou et va voter contre soi", lit-on sur la 4e de couverture du roman.

La relation amoureuse est celle d'Hélène, qui semble avoir réalisé son rêve d'adolescente – "se tirer de la petite ville de l'Est de la France" –, avec Christophe qui, lui, ne l'a jamais quitté. À l'écran, les personnages du roman de Mathieu sont incarnés par Mélanie Thierry (Hélène) et Bastien Bouillon (Christophe). Ils sont devenus les héros d'une comédie dramatique signée Alex Lux, qui a co-écrit le scénario avec Amélia Guyader. "Dans leurs étreintes, rappelle le synopsis de son film, ce sont deux France, deux mondes désormais étrangers qui rêvent de s'aimer. Cette idylle, cette île leur sera-t-elle possible ?" Réponse en salles où Connemara est à l'affiche.

2 "Les Tourmentés"

Skender, ex-légionnaire, est recruté par Max, un ancien compagnon d'armes devenu le majordome d'une veuve fortunée et passionnée de chasse : il servira de gibier à "Madame". À la clé, elle lui promet un salaire juteux, une manne pour l'ancien soldat qui rêve de prendre convenablement soin des siens. Les Tourmentés, c'est Lucas Belvaux par lui-même. En adaptant au cinéma son ouvrage éponyme paru en 2022 aux éditions Alma Eds, le romancier belge s'est surpris à faire un exercice qu'il n'avait pas envisagé au départ.

"J'écrivais un livre pour ne pas écrire un scénario, pour changer de type d'écriture, varier les plaisirs en quelque sorte. Depuis trente-cinq ans, j'écris des scénarios ce qui est une écriture (...) très contrainte." (...)"Quand on écrit un scénario, ajoute l'auteur belge, on pense déjà au film, aux acteurs, aux décors, au coût, à la durée, etc. Je voulais retrouver le plaisir d'une écriture libre". Mais le cinéma s'est de nouveau imposé comme une évidence. Skender, Max et Madame se retrouvent sur grand écran et sont respectivement interprétés par Niels Schneider, Ramzy Bedia et Linh-Dan Pham. Les Tourmentés est en salles.

3 "Dalloway"

En mal d'inspiration, Clarissa rejoint une résidence d'artistes où la technologie est reine. Dalloway, son assistante virtuelle devient précieuse pour écrire. Mais bientôt, le malaise s'installe à cause du comportement intrusif de l'intelligence artificielle. Dalloway de Yann Gozlan, actuellement dans les salles obscures, est adapté du roman de Tatiana de Rosnay, Les Fleurs de l'ombre (Robert Laffont).

"J'ai découvert ce livre par hasard, au moment du premier confinement en avril 2020 [année de sa parution]. Le cadre de l'histoire – une résidence d'artistes à la pointe de la technologie où une romancière communique en permanence avec son IA – m'avait immédiatement intrigué. Même si l'histoire se déroulait dans un futur proche, plusieurs éléments du livre faisaient écho de manière troublante avec ce que nous vivions au moment même du confinement : un environnement extérieur anxiogène, une héroïne isolée, un sentiment d'enfermement et de paranoïa...", explique Yann Gozlan.

Le réalisateur, qui excelle dans les récits où ces héros sont pris au piège d'une machine infernale (Boîte noire, Visions), a coécrit le scénario avec Nicolas Bouvet-Levrard et Thomas Kruithof. Au générique du film, on retrouve Cécile de France, Anna Mouglalis ou encore Mylène Farmer qui prête sa voix à l'IA qui va, progressivement, faire de la vie de Clarisssa un enfer.

4 "L'Étranger"

Le pitch du film : Alger, 1938. Meursault, un jeune homme d'une trentaine d'années, modeste employé, enterre sa mère sans manifester la moindre émotion. Le lendemain, il entame une liaison avec Marie, une collègue de bureau. Puis il reprend sa vie de tous les jours. Mais son voisin, Raymond Sintès vient perturber son quotidien en l'entraînant dans des histoires louches jusqu'à un drame sur une plage, sous un soleil de plomb…

François Ozon adapte en noir et blanc le premier livre d'Albert Camus paru en 1942 et qui a décroché le prix Nobel de littérature en 1957. L'auteur propose une réflexion inédite sur la peine de mort et le parcours d'un être atypique, celui de Meursault qui semble étranger à sa propre existence. Sous la direction d'Ozon, Benjamin Voisin incarne Meursault, Rebecca Marder est Marie et Pierre Lottin interprète Raymond. Le film était en compétition à la dernière édition de la Mostra et sortira en salles mercredi 29 octobre. C'est la deuxième adaptation cinématographique du roman de Camus, la première date de 1957 et elle est signée Luchino Visconti. Marcello Mastroianni incarne Meursault et Anna Karina, Marie.

5"Chien 51"

Chien 51 est une dystopie, née sous la plume de Laurent Gaudé et parue en 2022 chez Actes Sud. Le cinéaste Cédric Jimenez retrouve Adèle Exarchopoulos et Gilles Lellouche, après BAC Nord, pour l'adaptation cinématographique du livre. Dans le roman, on suit Zem, un expatrié devenu un "chien", "un policier déclassé fouillant la zone 3 de Magnapole". La découverte d'un corps et l'enquête qui s'ouvre, sous la supervision d'une ambitieuse inspectrice de la zone 2, va le sortir du renoncement dans lequel il s'est enfermé. Sur grand écran, on découvre Salia et Zem, deux policiers que tout oppose, forcés à collaborer pour mener l'enquête sur la disparition de l'inventeur de l'intelligence artificielle ALMA qui a, soi-disant, révolutionné le travail de la police.

"Chien 51 est mon troisième film explorant le thème de l'application de la loi", après BAC Nord et Novembre, souligne Cédric Jimenez dans sa note d'intention à la Mostra où le film était en compétition. "Peut-on confier la sécurité des habitants d'une ville à un outil ultra-intelligent dépourvu de conscience et d'humanité ? J'ai imaginé ce film comme un thriller policier contemporain, un film de genre teinté de tragédie, où l'amour condamné repose autant sur l'émotion que sur le sacrifice", explique encore le cinéaste. Le réalisateur français poursuivra-t-il sa réflexion en adaptant Zem, la suite de Chien 51, que Laurent Gaudé vient de publier ?

6 "La Petite Dernière"

Le dernier long-métrage de la comédienne et réalisatrice Hafsia Herzi a beaucoup ému la Croisette en mai dernier. La Petite Dernière a permis à l'actrice débutante Nadia Melliti de décrocher, à 23 ans, le prix d'Interprétation féminine. La jeune comédienne repérée dans la rue, prête ses traits à Fatima Daas dont Hafsia Herzi a adapté le premier roman.

Dans La Petite Dernière, l'autrice revient, en disséquant les mots du français et de l'arabe algérien, sur son parcours de "mazoziya" (petite dernière), "asthmatique", "banlieusarde", "musulmane", "pécheresse" et "lesbienne". Le 21 septembre, Hafsia Herzi sera célébrée au festival De l'écrit à l'écran qui lui décernera son prix 2025. La Petite Dernière sort en salles mercredi 22 octobre.

7"La Disparition de Josef Mengele"

Prix Renaudot en 2017, La Disparition de Josef Mengele d'Olivier Guez raconte la cavale après-guerre de Josef Mengele, ancien médecin tortionnaire du camp de concentration Auschwitz, qui arrive en Argentine en 1949. Un pays que l'homme traqué quitte bientôt pour le Paraguay et le Brésil où il meurt mystérieusement sur une plage en 1979.

En images noir et blanc, comme il l'avait fait pour Leto qui évoque l'émergence de la scène rock russe à Leningrad dans les années 1980, le cinéaste russe en exil Kirill Serebrennikov raconte "l'odysée dantesque" de Mengele durant trois décennies. Le comédien allemand August Diehl interprète le personnage du médecin dans un film découvert en mai dernier à Cannes, en compétition au festival De l'écrit à l'écran et qui sort en salles mercredi 22 octobre.

Une photo du film "La Disparition de Josef Mengele". (LUPA FILM)
Une photo du film "La Disparition de Josef Mengele". (LUPA FILM)

8"Dites-lui que je l'aime"

En lisant Dites-lui que je l'aime (Grasset), le récit de la députée Clémentine Autain consacré à sa mère, la comédienne Dominique Laffin morte en 1985, Romane Borhinger est renvoyée à sa relation avec sa mère qui l'a abandonnée à 9 mois. L'actrice et réalisatrice décide alors de l'adapter au cinéma.

Mais "comment ?" : Clémentine Autain est la première à lui poser la question. Un échange que l'on retrouve dans le film qui a bouleversé de nombreux spectateurs lors de sa projection cannoise en mai. Le long-métrage est à découvrir mercredi 3 décembre au cinéma. Il est l'un des six films en compétition au Festival de Montélimar.

9"L'homme qui rétrécit"

Avec L'homme qui rétrécit, Jan Kounen réalise une nouvelle adaptation cinématographique du roman culte de l'Américain Richard Matheson publié en 1956. Dans le long-métrage éponyme, il entraîne le spectateur dans le cauchemar de Paul, un "homme ordinaire, qui partage sa vie entre son entreprise de construction navale, sa femme Élise et leur fille Mia".

À l'écran, Jean Dujardin incarne celui dont la vie bascule alors qu'il devient progressivement microscopique. La première version de L'homme qui rétrécit (The Incredible Shrinking Man) date de 1957 et a été réalisée par l'Américain Jack Arnold. Richard Matheson en avait lui-même écrit le scénario. Celui de 2025 est co-signé par Jan Kounen et Christophe Deslandes.

10 "L'Inconnu de la Grande Arche"

En 1982, "François Mitterrand lance un concours d'architecture anonyme sans précédent pour la construction d'un édifice emblématique dans l'axe du Louvre et de l'Arc de Triomphe. À la surprise générale, c'est un architecte danois de 53 ans, inconnu en France qui l'emporte". Il s'appelle Johan Otto von Spreckelsen. "Je voulais approcher son mystère et lui rendre hommage", confie Stéphane Demoustier qui a découvert le livre de Laurence Cossé, La Grande Arche (Gallimard) paru en 2016.

L'ouvrage "couvrait toute l'histoire de la Défense, des années 1970 à aujourd'hui, mais ce qui m'intéressait, c'était cet architecte (...) qui était presque un point aveugle du livre tant on sait peu de choses de lui". Claes Bang, l'acteur danois découvert chez Ruben Östlund dans The Square (2017), incarne l'architecte et donne la réplique à Sidse Babett Knudsen, Michel Fau alias François Mitterrand, Xavier Dolan et Swann Arlaud. Le film, qui sort mercredi 5 novembre, sera en avant-première au Festival de Montélimar où il est en compétition.

11"La Condition"

Le scénario de Jérôme Bonnell, également à la réalisation, est adapté du livre Amours de Léonor de Récondo. Il raconte l'histoire d'une femme, Victoire, qui adopte l'enfant que son mari André a eu avec Céleste, leur jeune bonne.

La violoniste et romancière Léonor de Récondo évoque surtout l'émancipation féminine dans un ouvrage qui a été un best-seller à sa sortie en 2015. Son autrice était, à l'époque, étonnée du succès de son roman. Le film, en compétition à Montélimar, est attendu en salles mercredi 3 décembre.

Une scène du film "La Condition". (DIAPHANA DISTRIBUTION)
Une scène du film "La Condition". (DIAPHANA DISTRIBUTION)

12"Love Me Tender"

Anna Cazenave Cambet a "librement" adapté l'ouvrage éponyme de Constance Debré publié en 2020 chez Flammarion. La romancière et avocate y raconte comment elle a perdu la garde de son fils après avoir révélé qu'elle était lesbienne. Dans Love Me Tender, la comédienne Vicky Krieps incarne Clémence dont la vie bascule quand elle confie à son ex-mari qu'elle a "des histoires d'amour avec des femmes". Elle n'imagine pas qu'il va l'éloigner de son enfant.

Dans un entretien à Télérama,Vicky Krieps a confié que le film et l'ouvrage dont il est issu avaient "la même honnêteté". Anna Cazenave Cambet soulignait qu'elle s'est "toujours sentie" proche de l'écriture du roman, "même dans le rythme". Le film sort mercredi 17 décembre au cinéma.

Voir cette publication sur Instagram

Une publication partagée par TANDEM (@tandem.films)

13"Furcy"

Furcy Madeleine (1786-1856) est un Réunionnais qui s'est battu au XIXe siècle pour faire reconnaître son statut d'homme libre. Il avait été réduit en esclavage alors qu'il était né libre. Le combat judiciaire de l'ingénu (terme utilisé pour décrire sa situation), qui durera plus de vingt-cinq ans, commence avec l'acte affranchissant sa mère. Pour son film Furcy, né libre, le chanteur et cinéaste Abd Al Malik s'est inspiré d'une histoire vraie et du livre de Mohammed Aïssaoui, L'Affaire de l'esclave Furcy, dont on lui avait parlé pour la première fois à La Reunion, en 2010, après un concert.

Le film était en compétition au dernier Festival d'Angoulême. Makita Samba, révélé dans Les Olympiades de Jacques Audiard, incarne Furcy. Romain Duris interprète, lui, l'avocat abolitionniste qui l'aidera dans sa croisade pour la liberté. Sortie française annoncée pour le 14 janvier 2026.

Photo du film "Furcy, né libre", réalisé par Abd Al Malick. (MEMENTO)
Photo du film "Furcy, né libre", réalisé par Abd Al Malick. (MEMENTO)

14"À pied d'œuvre"

La réalisatrice, comédienne et scénariste Valerie Donzelli est repartie avec le prix du Meilleur scénario à la 82e édition de la Mostra pour À pied d'œuvre dont la cinéaste a signé le scénario avec Gilles Marchand. Dans cette adaptation de l'autobiographie de Franck Courtès, Bastien Bouillon incarne un ancien photographe à succès qui a abandonné une vie confortable pour l'écriture. Il découvre bientôt la pauvreté et l'invisibilisation qu'elle entraîne.

"Ce choix radical et profondément personnel m'a profondément ému", écrit Valérie Donzelli dans sa note d'intention. Avec Gilles Marchand, nous avons écrit un personnage droit, doux et déterminé. Bastien Bouillon s'est rapidement imposé comme le choix évident, avec sa force tranquille et sa présence discrète. Ce film interroge la valeur que nous accordons à une vie mue par une passion silencieuse". À savoir "le besoin de créer, quoi qu'il arrive". La sortie du long-métrage est prévue pour le 21 janvier 2026. Il est également en compétition au festival De l'écrit à l'écran de Montélimar.

Une scène du film "À pied d'œuvre" avec le comédien Bastien Bouillon. (DIAPHANA DISTRIBUTION)
Une scène du film "À pied d'œuvre" avec le comédien Bastien Bouillon. (DIAPHANA DISTRIBUTION)