Une actrice iconique. Brigitte Bardot s'est éteinte, dimanche 28 décembre, à l'âge de 91 ans. L'actrice française mythique des années 1960 laisse derrière elle plusieurs films cultes comme Et Dieu… créa la femme de Roger Vadim (1956), La Vérité d'Henri-Georges Clouzot (1960) ou encore Le Mépris de Jean-Luc Godard (1963), dans lequel Brigitte Bardot déroule certaines de ses répliques les plus connues.
Thierry Frémaux, directeur de l'Institut Lumière de Lyon et délégué général du Festival de Cannes, estime sur franceinfo qu'elle était un "mythe mondial". Il la met à la même place que les stars américaines, parce qu'en plus "d'être une grande comédienne", "elle a construit, elle a donné les codes de ce que c'était qu'être une star et une vedette".
"Elle était une star"
"On a souvent sous-estimé en France ce que Bardot avait de force à l'étranger, dans les années 1960 en particulier", "c'est un mythe total", poursuit Thierry Frémaux qui se souvient de l'émeute survenue à l'ancien palais du festival de Cannes en 1967, quand Brigitte Bardot, accompagnée de son mari Gunther Sachs, s'était rendue à une projection : "Les services de sécurité n'étaient pas complètement aptes à accueillir cette folie, et en même temps, précisément, c'est cette folie qui faisait qu'elle était une star."
Sur franceinfo, le comédien et acteur de 81 ans Pierre Arditi a un "souvenir impérissable" de sa première rencontre avec Brigitte Bardot : "J'étais aux studios de Boulogne, elle devait tourner un film à ce moment-là. J'avais 17-18 ans. La porte s'est ouverte et Brigitte Bardot est entrée. Elle devait avoir 25 ans, elle était absolument sublime. Et dans cet endroit qui était formidablement bruyant, tout s'est arrêté. Il y a eu trente secondes de silence."
"Elle est entrée, tout le monde s'est arrêté. Ce qu'on appelle une star, là, il y en avait une : c'était Brigitte Bardot."
Pierre Arditi, acteurà franceinfo
Pierre Arditi estime qu'on "a beaucoup parlé de sa beauté", on "l'a souvent réduite à une belle icône", en faisant l'impasse "sur ses talents d'actrice", "en oubliant complétement de parler ce qu'elle était capable d'incarner et de jouer". L'acteur prend l'exemple du film La Vérité de Henri-Georges Clouzot, "où elle est absolument géniale". Deux scènes de Brigitte Bardot sont notamment entrées au panthéon du 7e art : un mambo enfiévré dans un restaurant de Saint-Tropez dans Et Dieu… créa la femme et un monologue où elle énumérait, nue, les différentes parties de son corps, en ouverture du film Le Mépris.
Une "liberté absolue"
Au vu de sa filmographie et de sa personnalité, pour Thierry Frémaux, la caractéristique qui résume le mieux Brigitte Bardot était "sa liberté absolue".
"Il faut remonter aux années 1950 et aux années 1960 pour savoir ce qu'était le poids, les contraintes, les codes de la société qu'elle va complètement fracasser par sa beauté, par sa parole, par ses attitudes, par ses choix…"
Thierry Frémaux, directeur de l'Institut Lumière de Lyon et délégué général du Festival de Cannessur franceinfo
"Personne n'a mieux décrit Bardot que l'écrivain François Nourissier", a réagi Gilles Jacob auprès de l'AFP. "Un équilibre instable entre le caprice et la damnation", cite l'ancien président du festival de Cannes. Pierre Lescure, autre ex-président du festival, a lui rendu hommage à sa "beauté dingue et comme nouvelle, absolue et effrontée".
Brigitte Bardot a été longtemps considéré comme une sorte de Marilyn Monroe à la française. "Je suis sûr que leur deux étoiles forment le plus beau duo du ciel", a salué à l'AFP Francis Huster, qui avait tourné avec Bardot. Pour l'actrice française, Marilyn était "une femme qui a été exploitée, que personne n'a compris, qui en est morte du reste". Une erreur qu'elle ne reproduira pas en arrêtant le cinéma à 39 ans, laissant derrière elle une cinquantaine de films.
"Incroyablement courageuse pour défendre ses convictions"
Un choix "qu'elle va tenir jusqu'à la fin de sa vie", souligne Thierry Frémaux, notamment pour son combat contre la maltraitance des animaux. "Elle va s'y tenir, elle ne va pas refaire de cinéma, elle décide de combattre pour les animaux et elle ne va se dévouer qu'à ça !", poursuit le délégué général du Festival de Cannes.
"Ce n'était pas une femme comme les autres, elle était incroyablement courageuse pour défendre ses convictions, souligne Pierre Arditi. Elle a même choqué les gens, et elle a bien fait de les choquer parce que c'est souvent le seul moyen d'obtenir ce qu'on désire. Et si elle était attachée à ce point-là aux animaux, c'est sans doute parce qu'elle a été déçue par les hommes. Ce qui d'ailleurs ne m'étonne pas, car les hommes sont souvent décevants."
Brigitte Bardot "a dominé tout ça", c'était "une femme libre", selon Pierre Arditi. Elle "a choqué le bourgeois qui n'aimait pas beaucoup ce genre de femme, dont le but était de rester à la maison, faire des enfants" à l'époque. "Au-delà de ce qu'on peut penser de ses prises de position, elle a pris position, salue Thierry Frémaux, et ça, c'est beau, c'est assez fort." Selon lui, Brigitte Bardot, "qui évidemment a joué beaucoup sur le registre de la ravissante idiote dans sa jeunesse, ne l'était évidemment pas du tout, et toute son existence l'a prouvé".