Mort de Brigitte Bardot : la star française des années 1960 en cinq films cultes

D'abord mannequin, Brigitte Bardot, née en 1934, obtient son premier rôle dans un film (Le Trou normand de Jean Boyer) en 1954. Elle a 20 ans. Durant les dix-neuf années suivantes, elle tourne 45 films au total. Ce qui frappe dans son parcours, ce sont aussi les rôles qu'elle a refusés, dont certains dans des films devenus majeurs tels que Les Parapluies de Cherbourg et Les Demoiselles de Rochefort de Jacques Demy, L'Affaire Thomas Crown de Norman Jewison, le rôle d'une James Bond girl dans Au service secret de Sa Majesté ou La Chamade d'Alain Cavalier.

C'est en 1973, sur le tournage de L'Histoire très bonne et très joyeuse de Colinot trousse chemise de Nina Companeez, qu'elle prend soudain la décision d'arrêter de tourner. En 1975, elle annonce officiellement mettre un terme à sa carrière d'actrice pour se consacrer à la défense des animaux. Elle n'est jamais revenue ensuite sur cette décision malgré les propositions alléchantes (tourner avec Marlon Brando par exemple) et les ponts d'or qui lui ont été faits. Retour sur cinq films qui ont brillé dans sa carrière.

1"Et Dieu... créa la femme" de Roger Vadim (1956)

Réalisé par Roger Vadim, que Brigitte Bardot a épousé trois ans plus tôt, c'est le film qui propulse BB au rang de star et de sex-symbol international. Elle y joue le rôle de Juliette, une jeune orpheline indomptable et sans tabou, âgée de 18 ans, libre dans sa tête comme dans son corps, dont plusieurs hommes se disputent les faveurs dans le petit village de Saint-Tropez. Dans une scène particulièrement mémorable, BB danse, en jupe fendue, un mambo lascif et enflammé, le feu aux joues et la chevelure en bataille. Une danse pour laquelle des millions d'hommes seront bientôt prêts à se damner. Après des débuts poussifs en France, le film fera un triomphe aux États-Unis, puis en Angleterre et en Allemagne avant de revenir en France sous les acclamations. Et Dieu… créa la femme a aussi permis à Jean-Louis Trintignant, l'un de ses partenaires dans le film, de percer. Ils auront une brève aventure torride, et BB dira de lui : "J'ai aimé Jean Lou à la folie (…) Mes instants d'amour avec Trintignant ont été les plus heureux de ma vie."

2"La Vérité" d'Henri-Georges Clouzot (1960)

Dans ce film dont le tournage fut tendu, Brigitte Bardot joue Dominique, une jeune femme accusée du meurtre de son ancien amant, incarné par Sami Frey. La narration part du procès où elle comparait en cour d'assises, pour raconter l'histoire en flash-back. Le réalisateur Henri-Georges Clouzot n'est pas facile et s'accroche avec BB. "Je n'ai pas besoin d'amateurs dans mes films, je veux une actrice", lui crie-t-il un jour en plein tournage. Bardot lui assène une gifle et lui rétorque "et moi, j'ai besoin d'un metteur en scène, pas d'un malade". Le cinéaste sait néanmoins tirer le meilleur de l'actrice, qui, alors jeune maman, vit une période difficile. Il sait lui faire jouer la fragilité de son personnage, mais aussi sa force durant le procès, alors que tous la condamnent par avance. Le film sera un gros succès et sera nommé à l'Oscar du meilleur film étranger en 1961. BB quittera son époux Jacques Charrier pour Samy Frey à l'issue du tournage.

3 "Vie privée" de Louis Malle (1962)

Adapté de sa propre vie, ce film raconte la vie d'une séduisante jeune femme de la bourgeoisie, danseuse et top model devenue un sex-symbol. Autant adulée que méprisée, cette vedette déchaîne les foules. Contrainte de vivre recluse pour échapper aux paparazzi qui la harcèlent, elle devient dépressive (BB avait fait une tentative de suicide en septembre 1960). Comme dans la vraie vie, son personnage pratique la danse classique et défend les animaux. Et comme dans la vraie vie, elle se fait insulter et traiter de traînée et de putain dans le film. BB dira que c'était son long-métrage préféré avec La Vérité.

4"Le Mépris" de Jean-Luc Godard (1963)

Tourné en Italie, notamment à la Villa Malaparte sur l'île de Capri, ce sixième film de Jean-Luc Godard est adapté du roman éponyme d'Alberto Moravia qu'avait beaucoup aimé Brigitte Bardot. Elle y joue le rôle d'une femme qui se détache de son mari, un scénariste incarné par Michel Piccoli, et lui avoue le mépris qu'il lui inspire. À la demande du producteur Joseph Levine, Godard ajoute la scène de nu devenue culte qui ouvre le film. Allongée sur le ventre, nue sur un lit, BB interroge son époux sur son anatomie : "Mes pieds, tu les trouves jolis ? Et mes genoux, tu les aimes, mes genoux ? Et mes cuisses ? (…) Et mes fesses, tu les trouves jolies mes fesses ?". Le célèbre critique de cinéma Jean-Louis Bory écrira : "Ce que Vadim a imaginé dans son premier film, mais n'a plus été capable de réaliser, ce que Louis Malle a raté dans Vie privée, Godard l'a réussi. Le Mépris est le film de Bardot, parce qu'il est le film de la femme telle que Godard la conçoit et telle que Bardot l'incarne."

5"L'Ours et la Poupée" de Michel Deville (1970)

Dans cette comédie, qui est aussi l'un de ses derniers films, Brigitte Bardot incarne une Parisienne snob et capricieuse en instance de divorce, qui tente de séduire un violoncelliste myope et bougon joué par Jean-Pierre Cassel, insensible à ses charmes. La rencontre de ces deux personnages que tout oppose a lieu lorsque le musicien, qui roule en modeste 2 CV, est heurté par la Rolls Royce de la belle. Une comédie légère et enlevée dans laquelle Cassel, en ours mal léché, tente de résister aux ruses enjôleuses de BB. L'Ours et la Poupée est un peu le Et Dieu... créa la femme des années 1970. "J'ai été recréée par Deville", dira Brigitte Bardot.