Les Américains et les Russes se sont-ils mis d'accord sur un plan de paix sans consulter les Ukrainiens et les Européens ? Après les révélations de plusieurs médias internationaux, Kiev a indiqué jeudi 20 novembre avoir reçu un "projet de plan" de la part des États-Unis pour mettre fin à la guerre avec la Russie, affirmant être prête à travailler de manière "constructive" avec Washington à ce sujet. À Moscou, le Kremlin dit qu'il n'a rien à dire sur ce plan et fait comme s'il n'était pour rien dans cette affaire.
La situation est difficilement lisible. Ce plan de paix semble reprendre la presque totalité des exigences russes. Mais le Kremlin fait comme s'il n'avait rien négocié ces derniers jours. En fait, ce n'est pas la diplomatie russe qui est à l'œuvre mais un homme qui s'appelle Kirill Dmitriev.
Des négociations avec Steve Witkoff
Cet homme d'affaires est le PDG du fonds souverain russe. Il est l'envoyé spécial de Vladimir Poutine pour les investissements, mais il a pris de l'importance ces derniers mois. Il a un accès direct au président, certains disent que c'est un courtisan et il est capable de passer outre les circuits habituels. Kirill Dmitriev est libre d'aller et venir entre la Russie et les États-Unis, et c'est là qu'il a rencontré Steve Witkoff, l'envoyé spécial de Donald Trump qu'il connaît bien. Apparemment, ce plan a été négocié avec lui, en le convaincant que les Ukrainiens étaient aux abois et qu'ils n'avaient pas d'autre choix que l'accepter.
Kirill Dmitriev est celui qui a également fait fuiter l'information dans la presse américaine. On le sait parce que Steve Witkoff a fait une erreur de manipulation sur le réseau X en postant un message privé sur le réseau public où il expliquait qui était la source d'Axios, qui a révélé l'information. Mais en Russie, on ne peut pas imaginer un instant que Kirill Dmitriev agisse seul, sans l'aval du Kremlin. Le fait est aussi que tout cela remet la pression sur Kiev, et les Européens sont pris de court.
Encore de nombreuses questions en suspens
La stratégie de la Maison Blanche est une nouvelle fois incompréhensible parce que ces derniers jours, il était clair que les États-Unis avaient durci le ton à l'égard de Moscou. Les Américains ont pris des réelles sanctions sur le pétrole russe ; elles entrent en vigueur officiellement vendredi, mais qui ont déjà des effets sur les finances russes. Les États-Unis autorisent les Ukrainiens à utiliser des missiles longue portée américains pour frapper la Russie, ce qu'on a vu ces derniers jours. La rencontre Donald Trump-Vladimir Poutine envisagée à Budapest a été ajournée parce que Moscou ne faisait aucune concession.
Des actes forts et soudainement, Washington donnerait son aval à un plan qui colle totalement aux exigences de Moscou, sans rien accorder à l'Ukraine ? Il n'est pas encore clair de comprendre si toute l'administration américaine soutient ce plan et quel est son statut. Steve Witkoff parle-t-il au nom de Donald Trump ? Autant de questions qui se posent aujourd'hui. Mais qui ont un grand avantage pour Moscou, c'est que cela lui permet une nouvelle fois de gagner du temps.