La société corse peut être violente. « À Lyon ou Toulouse, on n’a pas vécu dans sa jeunesse d’assassinat. Un Corse moyen est touché par des dizaines de cas », lance au début du documentaire un ancien combattant nationaliste. Mais, dans les années 1980, une nouvelle génération de truands, moins attachée que ses ancêtres à respecter un code de conduite centenaire, fait bientôt basculer l’île de Beauté de cette violence « maîtrisée » vers le chaos.
Le gang de la Brise de mer, du nom du bar de Bastia que fréquentaient ses trois chefs, Francis Guazzelli, Francis Mariani et Richard Casanova, a réécrit une histoire du banditisme corse. C’est leur parcours que détaillent Philippe Lagnier (Propagande, les nouveaux manipulateurs) et Violette Lazard, qui ont travaillé avec Nicolas Glimois (Les Antilles empoisonnées, la banane et le chlordécone) et Marion Galland, journaliste à Ici RCFM (ex-France Bleu) Ajaccio, coautrice avec Violette Lazard du livre Vendetta, les héritiers de la Brise de mer.
« L’obsession de l’État contre le nationalisme corse »
On l’a dit, la violence n’était pas étrangère à l’île, le nationalisme apportant son lot de morts. Mais elle avait « une coloration politique », raconte l’ancien responsable du FLNC, Léo Battesti. Tant mieux pour le gang : les témoins du film avancent que si la Brise de mer a pu s’épanouir et prospérer, c’est parce qu’elle se cachait derrière « l’obsession de l’État contre le nationalisme corse ». Le banditisme était « laissé de côté », assure l’ex-commissaire de Bastia, Philippe Guffon. Aussi, lorsque le gang se fait un nom après l’assassinat du « parrain » local, Louis Memmi, tout le monde est pris de court.
La nouveauté, c’est que la bande commet vols et crimes sur l’île et contre les Corses eux-mêmes. Devant tant de violence, « les bouches se ferment », affirme Jean-Pierre Marsilly, ex-commissaire divisionnaire à Bastia de 1977 à 1993. Même pris la main dans le sac, ils s’en sortent : ils sont acquittés de l’assassinat de Daniel Ziglioli, puisque les témoins se rétractent. Est-ce parce que le gang était protégé jusqu’aux plus hautes sphères, ou qu’il existe « une certaine porosité » entre criminels, policiers, gardiens de prison, juges, jurés ? Sur l’île, tout le monde se connaît.
D’ailleurs, tous ont vu Guazzelli, Casanova et surtout Mariani frimer en Ferrari rouge, jaune, bleue, et laisser de faramineux pourboires de leur argent « durement volé »… La « première Mafia made in France » profitera même du boom touristique de l’île pour l’investir dans l’hôtellerie et l’immobilier. Mais ça, c’est une autre histoire. Quoique…
Vendetta, France 3, 21 h 5, mercredi 19 mars 2025.
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