«L’Union des démocrates musulmans français aux élections européennes ou l’expression politique de l’entrisme islamiste»

Naëm Bestandji est écrivain. Féministe et laïque engagé, il est l'auteur d'un essai remarqué, Le linceul du féminisme : caresser l'islamisme dans le sens du voile (éditions Séramis, 2021).


Le parti islamiste français de l’Union des démocrates musulmans français (UDMF) a déposé une liste pour les élections européennes de juin 2024 : «Free Palestine Party». Cette liste est «constituée de partis indépendants partageant la même éthique musulmane» et elle «est composée de la France, l'Espagne, l'Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas et la Suède». 81 candidats pour ne pas appeler à voter pour l'Europe mais pour... la Palestine. Les élections européennes ne les intéressent pas. Elles sont leur prétexte à se mobiliser pour une cause extra-européenne.

Au-delà de l'effroyable situation des Palestiniens, qu'est-ce qui motive ce parti à instrumentaliser ces élections pour un sujet qui ne les concerne pas ? Après tout, notre continent vit aussi une guerre en Ukraine qui impacte directement l'Union européenne. Mais les Ukrainiens sont dépourvus d'un élément fondamental pour l'UDMF : l'islam. Tout en y ajoutant, peut-être, que l'agresseur n'est pas sioniste mais Russe. Cet intérêt pour la Palestine n'est pas une originalité de l'UDMF. La totalité des islamistes sont obsédés par le conflit israélo-palestinien. Ils y voient moins une lutte territoriale qu'une guerre civilisationnelle et religieuse. Ce parti musulman n'en est que l'expression politique. C'est bien pour cela que, pour ces élections européennes, le programme de l'UDMF se résume uniquement à la Palestine. Il n'y a rien d'autre. Pour rassurer et tenter de gratter quelques miettes de crédibilité, le parti tient à préciser : «Nous compléterons ce chapitre avec le volet environnemental, démocratique, éthique et solidaire». À moins d'un mois des élections, il est peut-être temps...

Toutefois, l'UDMF reste ferme sur un point, sans jamais le détailler : «l'éthique musulmane». En quoi une éthique religieuse, en l'occurrence musulmane, serait meilleure que toutes les autres «éthiques» ? Quel bénéfice apporterait cette intrusion de la religion dans la politique, contraire à tous les principes laïques qui fondent notre République ? L’éthique musulmane est au cœur de ce parti faussement laïc. Cette «éthique musulmane» a été théorisée par tous les grands penseurs musulmans depuis des siècles. Pour les plus rigoristes, elle doit réguler la totalité de la vie du musulman, du matin au soir et de sa naissance à sa mort. Pour que cela soit possible, il existe deux possibilités. La première est de vivre replié sur soi, coupé au maximum du reste de la société pour ne pas être contaminé par sa «dépravation». La seconde est de s'investir dans l'associatif, l'éducation, le social, le culturel, l'économie et la politique pour imposer cette éthique à l'ensemble de la société. C'est le choix de l'UDMF, inspiré par l'idéologie des Frères musulmans.

Le voile est ainsi un outil politique à la fois contre les musulmans, pour faire de l'intégrisme une norme et assigner toutes les musulmanes à la frange extrémiste de l'islam par le voilement ; et contre la société, au service de la stratégie victimaire.

Naëm Bestandji

Si certaines valeurs de «l'éthique musulmane» rejoignent celles de l'humanisme, d'autres en sont l'exact opposé. Par exemple, le respect de toutes les orientations sexuelles, la liberté de conscience, d'expression, de disposer de son corps, le droit à l'IVG et l'égalité des sexes sont absents de cette éthique, quoi qu'ils puissent en dire pour la vitrine. Rien de surprenant, ce n'est pas une particularité de l'islam mais une spécificité de toutes les religions. Enfin, de quelle éthique musulmane parle-t-on ? Celle des musulmans progressistes qui considèrent que la religion relève de l'intimité et n'a rien à faire dans la sphère publique ? Évidemment, non. Comme tous les bons intégristes, l'UDMF considère que sa version de l'«éthique musulmane» est la seule valable.

Mieux encore, ce parti se déclare «laïc» tout en affichant son rejet de la laïcité jusque dans son logo qui fusionne religion et politique : il intègre à la fois le tricolore du drapeau français et le croissant de l'islam. Tout un programme... Le choix de son nom, «Union des démocrates musulmans français», n'est pas anodin non plus. Là encore, la religion et les revendications communautaires sont au cœur de son engagement politique. L'UDMF le reconnaît d'ailleurs sur son site : «La politique est un devoir sacré et spirituel». Elle a aussi choisi sa dénomination pour se rapprocher de celle des Démocrates chrétiens, afin de légitimer une fausse comparaison qui lui serait favorable. L'UDMF alterne entre affichage républicain, «laïc» et démocrate ; et les revendications et positions intégristes qui sont noyées dans l'ensemble de ses programmes. Elle déroule toute la panoplie victimaire et communautariste avec une vision politique et rétrograde de l'islam sous couvert de «vivre ensemble».

L’UDMF brandit aussi la misogynie du voile en fierté identitaire. Ce parti reste fidèle à la ligne politique de l'islamisme : le sexisme du voile est son outil et symbole par excellence : «Pas besoin de parler. Le voile le fait pour nous. Sois fière, ma sœur, de porter haut l'étendard de [notre interprétation de] l'islam», comme le martèlent des prédicateurs islamistes. L'UDMF met ces maximes en pratique. Pour les élections législatives de 2022, par exemple, elle a choisi une affiche politico-sexiste montrant une femme voilée (pour ne pas exciter les hommes et faire de cette misogynie une fierté identitaire). Un classique de l'islamisme dont le sexisme du voile est le cheval de Troie politique. Le voile est ainsi un outil politique à la fois contre les musulmans, pour faire de l'intégrisme une norme et assigner toutes les musulmanes à la frange extrémiste de l'islam par le voilement ; et contre la société, au service de la stratégie victimaire : toute opposition à la discrimination sexiste du voile est accusée de discrimination. L'UDMF participe également à l'enracinement de l'image orientaliste et coloniale de la femme musulmane, forcément voilée, tout en prétendant vouloir lutter contre le «néocolonialisme» français. Une fois le sexisme du voile visuellement installé, l'islamisme pourra alors déployer tout son package de revendications.

Il vise aussi à émouvoir les Musulmans et à créer un sentiment d'angoisse envers une société qui leur serait hostile, à susciter la peur pour favoriser le communautarisme.

Naëm Bestandji

Fidèle à la stratégie victimaire, l'UDMF prétend vouloir lutter contre toutes formes de discriminations. Ce parti ne lutte évidemment pas contre l'homophobie, notamment celle qui sévit parmi les Musulmans. Il ne lutte pas non plus contre l'hostilité de Musulmans envers les Athées d'origine maghrébine et/ou de culture musulmane. Il n'a jamais défendu les Musulmans, réels ou supposés, qui subissent des pressions parce qu'ils ne pratiquent pas le ramadan. Il lutte encore moins contre les discriminations sexistes, lui qui défend le port et l'affichage de l'accessoire vestimentaire le plus sexiste et patriarcal de l'histoire de l'humanité. Pour l'UDMF, «lutter contre toutes formes de discriminations» se réduit uniquement à la lutte contre «l'islamophobie». C'est-à-dire la lutte contre les atteintes à l'islam (et à l'islamisme qui lui est confondu), assimilées à une hostilité envers les musulmans. En résumé, sa «lutte contre toutes formes de discriminations» est le faux-nez du rétablissement de l'Inquisition et du délit de blasphème version islamiste.

Ce parti politico-religieux, qui transpire l'anti-laïcité par tous ses pores, se présente comme grand défenseur de la laïcité pour, là encore, dénoncer «l'oppression de tous les musulmans dans l'espace public». Ce mensonge vise à se servir de l'ensemble des Musulmans comme bouclier politique pour une meilleure victimisation de sa frange extrémiste. S'opposer à l'expansion de l'intégrisme musulman serait s'en prendre à tous les musulmans. Il vise aussi à émouvoir les musulmans et à créer un sentiment d'angoisse envers une société qui leur serait hostile, à susciter la peur pour favoriser le communautarisme.

L'UDMF appelle religieusement des États étrangers à faire pression sur la France. Le parti n'a pas froid aux yeux lorsqu'il s'agit de double discours. Loin d'être démocrate, laïc et de se sentir pleinement français, l'UDMF appelle «les États du Moyen-Orient à exercer des pressions contre la France». Un appel lancé depuis la chaîne qatarie Al-Jazeera par le président et fondateur du parti, Nagib Azergui, en décembre 2021. À cette date, il était déjà candidat à l'élection présidentielle de 2022. Il exhorte «les États arabo-musulmans à exercer des pressions diplomatiques sur la France face au climat politique extrêmement hostile envers les Français musulmans». Quelle serait cette hostilité ? Nagib Azergui évoque la dissolution «de lieux de culte, d'ONG, d'écoles, de maisons d'édition, d'établissements ou de collectifs de la communauté musulmane». Autrement dit des structures qui, motivées par leur radicalité religieuse, prônaient la haine, la discrimination des femmes, et le séparatisme pour beaucoup. Pour le président de l'UDMF, ces structures ne sont pas extrémistes. Elles font simplement partie de «la communauté musulmane».

L'ensemble des musulmans sert bien de bouclier politique aux islamistes pour servir leur stratégie victimaire. Nagib Azergui implore alors les chefs d'État musulmans de s'ingérer dans le système législatif et judiciaire français pour demander «l'annulation pure et simple de la loi dite “séparatiste” et d'arrêter immédiatement la fermeture des mosquées». La conclusion de son appel à ces chefs d'État fait froid dans le dos : «Depuis l'extérieur, vous avez ce pouvoir. Celui de rétablir le droit des musulmans à pouvoir se rassembler, à s'organiser, à apprendre ou à éditer librement leurs supports et cela sans aucune entrave». Nagib Azergui réclame une intervention économique et diplomatique d'États étrangers pour forcer la France à lever toutes les restrictions qui encadrent la liberté de culte, plus précisément le libre exercice de l'islam. Il souhaite tout bonnement annihiler la loi de 1905 en demandant le soutien de pays musulmans.

L'UDMF assume pleinement cet appel à l'ingérence religieuse étrangère, publié sur son site. Une position cohérente avec son instrumentalisation des élections européennes pour servir un but qui ne les concerne pas.