La guerre menée contre Airbnb divise le Pays basque. Depuis deux ans, 23 communes de l'agglomération du Pays basque appliquent l'une des réglementations les plus dures de France contre les locations saisonnières. Le but est de résoudre la crise du logement dans ce territoire, où une maison sur cinq est une résidence secondaire et où les jeunes Basques ont beaucoup de mal à se loger. Mais est-ce que ça marche ? Franceinfo s'est rendu à Hendaye, où le nombre d'Airbnb a explosé ces dernières années.
"En été, du 15 juillet au 15 août, on est en moyenne à 700 couverts, raconte Carl en enfournant les premières pizzas de son service dans son restaurant du bord de mer d'Hendaye, avec vue sur les vagues. Le record que j'ai fait, c'est 144 pizzas en un soir." Le chef cuisinier fait la route tous les jours d'Irun, situé côté espagnol, parce qu'il a perdu son appartement à Hendaye, "chassé", comme il le dit, par sa propriétaire, au début de l'été.
"Elle voulait que je libère l'appartement pour son Airbnb. Je louais 650 euros le mois. Elle m'a proposé, alors que c'est un appartement où on peut dormir à deux, de dormir à quatre pour 2 000 euros par mois."
Carl, restaurateur à Hendaye exclu de son logementà franceinfo
"Du coup, je me retrouve tout simplement à dormir en Espagne dans une petite chambre, parce que je n’ai pas trouvé de location sur Hendaye. Alors que je suis en CDI depuis trois ans ici et que j'ai un salaire très correct."
Beaucoup d'employés vivent à l'année dans des mobile-homes ou loin de la côte, faute de trouver un logement. C'est pour eux que les élus du Pays basque ont voté ce nouveau règlement, dit de "compensation". Celui-ci interdit aux propriétaires de résidences secondaires de faire des locations touristiques, à de rares exceptions près, pour les forcer à louer leur logement à l'année aux travailleurs locaux.
Les propriétaires révoltés
La nouvelle règle ne plaît pas du tout aux propriétaires, comme Stéphane. Il possède deux appartements sur le front de mer à l'Eskualduna, un ancien palace des années 1910, avec une vue magnifique de la fenêtre du 3e étage. "Voilà, la baie de Chingoudy, c'est une très belle chose", expose-t-il. Avec sa femme, ils sont professeurs aux États-Unis, il s'agit donc de leur lieu de vacances, qu'ils louaient jusqu'ici sur Airbnb.
Et il n'est pas question pour eux de se plier à la nouvelle règle. "Non, non et non ! Moi, je ne me laisserai pas tordre le bras par des politiques d'extrême gauche, c'est-à-dire qu'il n'ira ni en location à l'année, ni vendu. C'est mon bien, je le garde, avance le propriétaire, remonté. Ça devient un appartement aux volets fermés et aux lits froids. Au lieu d'amener des taxes d'habitation à la ville, de faire travailler les commerçants, comme ils n'ont pas pu déménager la mer, ils n'aiment pas les touristes, ils ont fait en sorte de leur interdire de louer. On va se retrouver avec une économie à terre", assure Stéphane.
Selon l'Office de tourisme, les locations de meublés touristiques se sont effondrées, de 770 en 2024 à 130 cette année. Pourtant, dans son agence immobilière, à quelques rues de la plage, Yannick n'a pas vu revenir de locations à l'année. "Malheureusement, non pas du tout, confirme-t-il. J'avais environ 60 logements en location saisonnière, on est à 11 cette année et on n'a récupéré aucun logement à l'année." Selon lui, les propriétaires préfèrent garder leur appartement, volets fermés, plutôt que de louer à l'année et de ne plus pouvoir en profiter.
Les touristes de plus en plus rares
En attendant, beaucoup de touristes ne trouvent plus où loger. "Nous, on faisait de la location à la semaine, raconte Yannick, l'agent immobilier. Je fais ça depuis 32 ans avec des clients qui venaient tous les ans à Hendaye et qui ne peuvent plus venir. L'année dernière, j'avais un monsieur qui pleurait, 'on ne se voit plus Yannick'. Ça fait 30 ans que je le connais, je n'ai plus le logement sur lequel il venait depuis 20 ans. Le logement était fermé."
Yannick a dû supprimer un poste au sein de son agence où le téléphone reste désespérément calme en ce début du mois de juillet. L'Office de tourisme parle de 600 locations touristiques retirées du marché et de 2 000 touristes en moins chaque jour sur la commune, si bien que les commerçants craignent une catastrophe pour l'économie d'Hendaye.
L'association Alda, qui signifie "changer" en basque, a milité pour le nouveau règlement, voté par l'agglomération à une large majorité. Sa porte-parole, Malika Peyraut, assume : il fallait stopper la vague Airbnb. "Le premier effet de la compensation, c'est d'abord d'arrêter l'hémorragie. Que le phénomène spéculatif massif, ce raz de marée qui transformait les logements à l'année en meublés de tourisme, soit stoppé net. C'est le cas", assure-t-elle.
"Les calculs sont très clairs : un habitant à l'année a deux fois plus de retombées économiques qu'un touriste."
Malika Peyraut, porte-parole de l'association Aldaà franceinfo
"Le second effet, reprend Malika Peyraut, c'est que soit réinjecté dans le parc des logements à l'année un certain nombre de biens. Là, pour le coup, il faut faire attention parce que pour l'instant, personne n'a de chiffres avérés."
Les associations veulent aller plus loin, elles encouragent maintenant les communes à interdire les résidences secondaires pour les nouvelles constructions. Le maire de Bidart, plus au nord sur la côte, a été le premier à le faire, en juin, sur un projet de 70 logements.