Améliorer la prise en charge psychiatrique : des solutions existent !

Imaginez un pays où chaque personne vivant avec des troubles psychiques bénéficierait d’un accompagnement en santé mentale accessible, personnalisé et de qualité. Imaginez un système de soins où le temps, l’écoute et les moyens ne seraient pas des luxes, mais des évidences.

La psychiatrie française traverse une crise profonde, ce constat n’est plus nouveau. Depuis plusieurs années, mes confrères et consœurs alertent sur le manque criant de personnel, les délais d’attente trop longs ou encore les moyens insuffisants alloués au secteur. Pourtant, au-delà de ce tableau sombre et du pessimisme ambiant, une question s’impose : comment transformer ces difficultés en élan ? Quelles sont les pistes concrètes pour sortir de cette crise ? Peut-on, malgré tout, espérer une amélioration ? Je suis convaincu que oui, et qu’il est grand temps de mettre en lumière les solutions existantes.

Encourageons le rétablissement !

En psychiatrie, le concept de guérison, tel qu’on l’entend dans d’autres domaines médicaux, n’a pas vraiment sa place. Ce que nous visons, en tant que professionnels de santé mentale, c’est le rétablissement, c’est-à-dire le retour à un niveau de bien-être qui permette à la personne de recouvrer sa capacité de décider et sa liberté d’agir. Une des erreurs fréquentes, en France, est de considérer la prise en charge psychiatrique comme un temps d’arrêt, voire un temps mort dans la vie d’un individu.

Comme si vivre avec une pathologie mentale excluait, par définition, toute forme de vie active, de désir, de projection. Récusons cette idée. Les soins en santé mentale ne doivent en aucun cas figer ou interrompre la vie d’un individu : au contraire, ils doivent être intégrés et être assurés en continuité avec sa vie. Pour espérer une réinsertion durable et réussie au sein de la cité, nous pouvons et devons développer les dispositifs qui soutiennent l’autodétermination et favorisent l’autonomie de chacun.

Pensons en « parcours de vie », pas seulement en « parcours de soins ».

Car les personnes concernées ne sont pas uniquement des patients. Elles sont des citoyens, des voisins, des collègues, des proches. Nous devons prendre en compte leurs aspirations – personnelles et professionnelles – pour qu’elles puissent déployer leur plein potentiel et accéder à une vie épanouissante à leur sortie : emploi, logement, vie sociale et familiale. Cessons donc de parler de parcours de soins, ce terme qui

enferme et stigmatise les personnes avec une pathologie mentale en les réduisant à leur seule condition de patients. Parlons plutôt de « parcours de vie ». Car au-delà de la pathologie, c’est bien le regard biaisé de la société qui constitue l’atteinte la plus profonde à leur altérité, et c’est ce regard que nous devons changer. Reconnaissons ces personnes pour ce qu’elles sont réellement : des êtres humains à part entière, doués de capacités et nourrissant des envies et des projets.

Autorisons-nous à les accompagner vers leurs rêves. Autorisons-nous à briser les stigmates de la santé mentale. Autorisons-nous à créer une société réellement inclusive et égalitaire.

Des solutions alternatives existent, elles méritent d’être soutenues.

Face aux discours désabusés, une autre voie existe. Une voie plus discrète, mais porteuse d’espoir : celle des établissements associatifs d’aide en santé mentale, qui agissent en complémentarité avec l’offre de soins publique et privée. Ces structures associatives jouent un rôle essentiel dans l’accompagnement post-crise, en assurant une continuité de soutien, là où les établissements de santé et les secteurs psychiatriques ne peuvent plus toujours répondre seuls.

Parmi ces établissements alternatifs qui œuvrent en faveur d’une réintégration progressive et respectueuse des parcours de vie, on retrouve notamment le concept des Maisons Hospitalières. Les premières ont vu le jour il y a une dizaine d’années en région parisienne à Cergy et continuent de se développer aujourd’hui sur le territoire francilien à Sénart. Ce sont des lieux ouverts et chaleureux qui proposent un parcours centré sur le projet de vie de chacun. Dans ces Maisons d’un nouveau genre, le maître-mot est égalité.

Égalité dans les relations humaines : ici, pas de blouses blanches, soignants et soignés se côtoient en toute liberté sans signes distinctifs.

Égalité dans la prise de décision : patient, médecin, équipe des Maisons Hospitalières, équipe du secteur et famille se réunissent une fois par mois pour s’écouter, se parler et adapter le projet de soins selon les attentes du projet de vie du patient.

Là-bas, il n’existe ni cloisonnement, ni interdiction de sortie. Les équipes ont le pouvoir de dire Oui car la liberté de mouvement est la règle, l’ouverture sur la cité, une priorité. Dans ces établissements non sectorisés, l’art et la culture occupent également une place centrale. Tout au long de l’année, les « habitants » de ces Maisons Hospitalières découvrent et échangent avec des artistes et des acteurs du territoire lors d’ateliers de pratique artistique, de sorties culturelles, de performances et d’expositions in situ. Ces activités ne sont pas accessoires : elles redonnent confiance, tissent du lien, réactivent le sentiment d’appartenance.

Changer la psychiatrie, ce n’est pas seulement réformer l’hôpital. C’est aussi repenser nos manières d’accompagner, d’écouter, de croire en l’autre.

Ces établissements sont des lueurs d’espoir dans un monde trop gris, trop sombre, trop pessimiste. Donnons-leur de l’élan et démocratisons ces initiatives à l’échelle

nationale. Soutenons celles et ceux qui, chaque jour, accompagnent autrement. Et surtout, faisons le pari de la vie. Une vie digne, pleine, ouverte, pour toutes les personnes concernées par la souffrance psychique. Parce qu’elles ne demandent pas moins que cela : exister pleinement, comme tout un chacun.

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