Rythmé, bourré d’action, visuellement splendide : du sang neuf pour Largo Winch

À la gare d’Agde, au volant d’un 4 x 4 blanc Toyota Land Cruiser, « le même qu’utilise l’ONU sur les théâtres de conflits », Philippe Francq est venu chercher Jérémie Guez, nouveau scénariste des aventures de Largo Winch . Si les dieux t’abandonnent… D’emblée, on mesure la complicité qui unit les deux auteurs tandis que Francq conduit d’une main sûre son véhicule sur les routes de campagne, en direction de Fontès.

C’est dans une belle demeure provençale que le dessinateur conçoit depuis une trentaine d’années les aventures du célèbre milliardaire en blue-jean. L’endroit ne manque pas de charme, comme son épouse Françoise, qui reçoit les invités avec affabilité et un grand sourire.

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Je me suis dit que la série avait besoin du regard neuf d’une génération plus jeune

Philippe Francq, au sujet de sa collaboration avec Jérémie Guez

Un feu crépite dans la cheminée du salon. L’atmosphère est aussi chaleureuse que propice à la discussion. « Avec Jérémie, nous nous sommes rencontrés à la table d’un bistrot parisien en 2021, se souvient Francq. Quand j’ai vu arriver un jeune homme à peine plus âgé que mon fils, ça m’a plu. Je me suis dit que la série avait besoin du regard neuf d’une génération plus jeune. Nous avons conçu l’histoire en six mois de ping-pong scénaristique très amusant. »

Philippe Francq et Jérémie Guez sur le capot d’une Land Rover classique série 88, acquise en 1987 par le dessinateur. Eric Garault / Pascoandco pour Le Figaro Magazine

Jérémie Guez confirme qu’il est un grand admirateur de la saga. « Il existe peu de séries BD traditionnelles que je continue à suivre, précise-t-il. Largo Winch  en fait partie. Pour moi, c’est le chaînon manquant entre Batman et Corto Maltese. Ce personnage fait le trait d’union entre le milliardaire vengeur Bruce Wayne et le marin romantique de Pratt, cet aventurier qui se balade aux quatre coins de la planète à la découverte des autres cultures, sans jugement. Comme une bande dessinée américaine réalisée avec une sensibilité européenne. »

Un dessinateur bien armé

À l’étage, on découvre l’atelier spacieux et lumineux du dessinateur. Des armes de tous types sont accrochées aux murs. Scotchée sur un grand miroir de cet antre créatif très organisé, on aperçoit la première planche du tome 26 intitulé… Ferme les yeux. « Viens voir la première page de la suite ! » lance Francq à Jérémie Guez. Les deux hommes se mettent à commenter l’ouvrage en cours qui met en scène un terrifiant mercenaire afrikaner, disciple de Wolf Karsh, cruel tueur albinos apparu dans Dutch Connection sous la plume de Jean Van Hamme, le créateur de Largo Winch en 1976.

Sur les murs de l’atelier, une frise des couvertures de « Largo Winch » et... les armes à feu qui ont servi de modèles à Francq. Eric Garault / Pascoandco pour Le Figaro Magazine

Dans le garage de sa propriété, Philippe Francq conserve justement la Land Rover grâce à laquelle il a rencontré pour la première fois Van Hamme en 1989. Alors que le jeune homme remontait dans son véhicule, le scénariste de XIII, Thorgal et Blake et Mortimer lui avait lancé : « Un gars qui roule dans ce genre de voiture ne peut pas être complètement mauvais ! » Depuis trente-cinq ans, Philippe Francq s’attelle à donner vie à son héros de papier. Aurait-il fini par s’identifier au personnage ? « Non, je ne me suis jamais pris pour Largo, tranche-t-il. Mais au fil des années, c’est un peu devenu comme un fils. Je le connais par cœur. Je sais ce qu’il peut faire, et ce qu’il ne dirait jamais. Par exemple, il ne parle jamais de lui, c’est très rare. Il n’évoque jamais non plus sa richesse. »

Splendeur visuelle

Séance de travail du nouveau tandem créatif dans l’atelier de Francq. Eric Garault / Pascoandco pour Le Figaro Magazine

D’une génération à l’autre, après le romancier Éric Giacometti, c’est au tour de Jérémie Guez d’animer les aventures de Largo Winch. Fan depuis l’enfance, le talentueux écrivain, scénariste (Boîte noire, Yves Saint-Laurent), actuellement showrunner de la série B.R.I. pour Canal+, a décidé d’ancrer sur la terre ferme les nouvelles péripéties du célèbre milliardaire humaniste. « Entre la mégapole connectée d’Ikeja au Nigeria et les splendeurs colorées de l’Inde au printemps pour la fête des couleurs à Bénarès, raconte Jérémie Guez, Largo replonge dans l’action. C’était aussi l’occasion de redéfinir le personnage. »

Ce buste de Largo Winch grandeur nature a été sculpté par Philippe Francq en 2013 pour fixer les traits de son héros. Eric Garault / Pascoandco pour Le Figaro Magazine
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Rythmé, bourré d’action, visuellement splendide, ce 25e tome mené tambour battant met sur la route du héros une jeune gamine, Hope, qui se trouve bien malgré elle dans la même situation que lui. « Largo est tout sauf un papa poule, commente Francq. Son père adoptif Nerio Winch lui a ôté toute fibre paternelle. Mais comme il voit en cette orpheline une sorte de miroir de ce qui lui est arrivé, il prend la décision déraisonnable de l’embarquer dans l’aventure parce qu’il ne veut pas la priver de sa quête de vérité. »

Sur la couverture, Largo apparaît seul sur fond rouge. « Cette image est vite arrivée sous ma plume, assure Philippe Francq. Agenouillé, déstabilisé, Largo porte son regard vers le haut. Je l’ai représenté dans une légère position d’infériorité. Il reste cependant chevaleresque. Au-dessus de lui, j’ai placé le titre Si les dieux t’abandonnent… avec cette barre horizontale au sommet des caractères qui évoque la dimension transcendantale du langage sanskrit, et qu’on appelle le “ciel des mots”. » C’est bien la première fois que Largo exécute une génuflexion…

Largo Winch tome 25, Si les dieux t’abandonnent…, de Philippe Francq et Jérémie Guez, d’après le personnage créé par Jean Van Hamme, 48 p., Dupuis, 15,95 €.

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