La fameuse citation du philosophe anglais Francis Bacon : « Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose », s’applique particulièrement aux journalistes gazaouis, tués ou en exercice. La presse internationale n’a pas le droit de cité à Gaza depuis la réplique israélienne aux attaques terroristes du Hamas du 7 octobre 2023. Et elle se méfie des reporters restés sur place.
Surtout, elle prend pour argent comptant la propagande du gouvernement de Benyamin Netanyahou. Qui justifie systématiquement ses attaques ciblées sur les journalistes par leur soi-disant appartenance au Hamas, en déployant le cas échéant des photos issues de leurs portables ou des réseaux sociaux.
« On sait où vous êtes, vous vous taisez ou on vous cible »
Ces images, fournies gracieusement par une « cellule de légitimation » du renseignement israélien, permettent ainsi à Raphaël Enthoven de balancer sur X « qu’il n’y a aucun journaliste à Gaza mais uniquement des tueurs ou des preneurs d’otages avec une carte de presse ». Le site Arrêt sur images expliquait déjà en avril dernier que les journalistes gazaouis croisent forcément des membres du Hamas, ce qui ne fait pas d’eux des terroristes.
Walid Bourouis, membre du comité national du SNJ-CGT chargé du travail avec les journalistes exilés, complète : « Ces journalistes vivent sur place, ils relaient l’information, et donnent la parole à tous, tout simplement. La majorité d’entre eux bossent pour CNN, l’AFP, Al Jazeera, il n’y a donc pas de surprise. » Walid Bourouis raconte, à l’inverse, les pressions exercées par l’armée israélienne : « La majorité des journalistes de Gaza ont reçu un message sur WhatsApp : ”On sait où vous êtes, vous vous taisez ou on vous cible.” »
Les syndicats français réagissent aussi à ce massacre organisé. Pour Ludovic Finez, secrétaire général adjoint du SNJ-CGT, « ce qui paraît évident, c’est que le gouvernement et l’armée ne veulent pas de témoins de la situation actuelle, sur l’accusation de plus en plus précise de génocide, de destructions, de massacres, de famine ».
Il rappelle la position des syndicats de journalistes français SNJ-CGT, SNJ, FO et CFDT dans un communiqué du 25 août : « On demande que les conditions de sécurité soient assurées sur place pour les journalistes, des enquêtes internationales, l’exfiltration des journalistes palestiniens qui ont un rapport avec des médias français, et que la presse internationale puisse entrer à Gaza. »
Une quarantaine de sociétés de journalistes (SDJ) signent ainsi un communiqué, publié ce lundi, qui dénonce « les campagnes systématiques de décrédibilisation et de délégitimation du travail de nos confrères gazaouis. Ces professionnels de l’information, qui risquent leur vie quotidiennement pour exercer leur métier dans des conditions extrêmes, méritent notre respect et notre soutien, non notre suspicion ».
Les SDJ rappellent avec force qu’avec la mort de ces reporters, « c’est la liberté de la presse que l’on assassine et c’est la réalité des Palestiniens, vivant sous les bombardements et menacés par la famine, qui est réduite au silence ».
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