L’enlèvement du président Nicolás Maduro par les États-Unis a sidéré le monde. Donald Trump a brutalement affirmé la puissance américaine et menace à présent ses alliés européens au Groenland. Pour Bertrand Badie cet épisode ne relève ni de l’improvisation ni de l’exception, mais révèle une transformation profonde des relations internationales. Avec ce qu’il appelle « l’énergie sociale » dans son dernier ouvrage1, le politiste affirme aussi que la force ne suffit plus à gouverner les sociétés.
Le rapt de Maduro au Venezuela par les États-Unis a médusé le monde. Trump n’avait-il pas annoncé la couleur dès l’an dernier ?
Bertrand Badie
Politiste
L’intervention est au cœur de la politique étrangère américaine depuis la fin du XIXe siècle. Elle se banalise avec la doctrine Roosevelt, puis prend successivement la forme de la « guerre d’intervention » pendant la guerre froide, de la « guerre de stabilisation » officiellement pour éteindre des situations « turbulentes », comme en Haïti, et enfin, avec les néoconservateurs, de la « guerre de conversion » (ou « regime change »), illustrée par la guerre d’Irak de 2003.
Ce qui explique la sidération actuelle, ce n’est donc pas l’intervention en soi, mais sa nature : une opération spectaculaire, coupée du droit et des valeurs. Pour la première fois, un président américain revendique explicitement une action fondée sur sa seule « morale » personnelle. Il ne s’agit pas d’agir pour le Venezuela, mais d’affirmer que le bureau Ovale est bien le centre du monde.
Nous assistons ainsi à une puissance qui s’affirme pour elle-même, non plus comme gendarme du monde, mais comme détentrice d’un droit à gouverner les autres. Trump est allé jusqu’à affirmer que le Venezuela serait, de facto, gouverné par les États-Unis.
Cette posture répond à une demande sociale contradictoire : elle restaure la fierté d’une société américaine frustrée par la mondialisation, tout en ravivant la crainte du coût humain et économique des interventions...