Après avoir lourdement bombardé et pris le contrôle des quartiers kurdes de Cheikh Maqsoud et Achrafieh d’Alep, l’armée syrienne a exigé que les forces kurdes qui contrôlent l’est de cette grande ville du nord du pays « se retirent vers l’est de l’Euphrate », le fleuve qui coule dans le nord de la Syrie. Elle a publié une carte précisant la région qui doit être évacuée et prévenu qu’elle serait considérée comme « une zone militaire fermée ».
Bombardement de Deir Hafer
Les Forces démocratiques syriennes (FDS), coalition militaire menée par les Kurdes, dénoncent les bombardements de l’armée gouvernementale de la ville de Deir Hafer, à une cinquantaine de kilomètres à l’est d’Alep, et affirment avoir repoussé une « tentative d’infiltration » au niveau du village de Zubayda, dans le même secteur. Selon les forces gouvernementales islamistes, les FDS « visent des positions de l’armée et des maisons civiles près du village de Humeima à l’est d’Alep avec des mitrailleuses lourdes et des drones, et l’armée répond ».
Elham Ahmed a reproché mardi 13 janvier à l’armée syrienne de préparer « une attaque à grande échelle » contre les Kurdes. La responsable des relations extérieures de l’administration autonome kurde accuse les autorités officielles syriennes d’avoir « déclaré la guerre » et « rompu l’accord du 10 mars » 2025, visant à une intégration négociée des institutions civiles et militaires kurdes au sein de l’État syrien, libéré du régime de Bachar el-Assad en décembre 2024.
Depuis mardi 6 janvier, le nord de la Syrie, et Alep notamment, connaît d’importants combats, qui ont fait 105 morts selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Les affrontements qui durent maintenant depuis plus d’une semaine illustrent en effet l’impasse des négociations entre l’administration islamiste, dirigée par Ahmed Al-Charaa, et les FDS.
Les discussions butent sur les garanties pour un modèle de gouvernance décentralisé sur le nord-est du pays et l’intégration sécuritaire. Le président syrien serait prêt à acter la création de trois corps armés, composés majoritairement des forces kurdes à Hassaké, Raqqa et Deir ez-Zor, mais sous la tutelle du ministère de la défense. Les FDS en veulent le contrôle exclusif et revendiquent le poste de vice-ministre de la Défense.
Damas accuse les FDS de n’avoir pas respecté l’accord du 1er avril 2025, qui prévoyait le retrait de leurs forces et des armes lourdes des quartiers de Cheikh-Maqsoud et d’Achrafieh en échange d’une forme d’autonomie locale. Les FDS ont pour leur part affirmé, dans un communiqué, n’avoir plus aucune présence à Alep depuis le retrait de leurs combattants en avril.
Turquie et Israël réagissent
Ces combats sont en train prendre une dimension régionale. Des manifestants à Qamichli ont par exemple brûlé des portraits du ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan, dont le pays, allié des autorités syriennes, est violemment hostile aux FDS. Les combats d’Alep visent à « saper le cessez-le-feu » entre Ankara et le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), a affirmé mardi 13 janvier le groupe armé kurde.
Le parti AKP, au pouvoir à Ankara, a pour sa part estimé que les combats d’Alep étaient une tentative des combattants kurdes de « saboter » les efforts pour mettre fin en Turquie au conflit avec le PKK, vieux de plus de quatre décennies. Jeudi 8 janvier, les autorités turques avaient annoncé être prêtes à « soutenir » l’armée syrienne dans son « opération antiterroriste » contre les combattants kurdes à Alep. Dans un communiqué, le ministère de la Défense affirme : « La sécurité de la Syrie est notre sécurité. »
Le même jour, le ministre des Affaires étrangères israélien, Gideon Saar, condamnait « les attaques menées par les forces du régime syrien contre la minorité kurde dans la ville d’Alep ». Elles « sont graves et dangereuses » et contredisent « les promesses d’une ”nouvelle Syrie” ». Une « nouvelle Syrie » qui, pour Tel-Aviv, doit consacrer son occupation du plateau du Golan.
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