Démonstration de force, remise en question de l’accord entre les Kurdes et le régime de Damas… Ce qui se cache derrière la bataille d’Alep

S’il fallait un exemple de la façon dont le nouveau pouvoir syrien, dirigé par l’ancien djihadiste Ahmed Al Charaa, entendait résoudre la question des minorités dans le pays, ce qui vient de se passer à Alep en a livré un aperçu. Les combats dans cette grande ville du nord sont le troisième épisode de violences contre des minorités, après des massacres d’Alaouites sur la côte, en mars dernier, et des combats avec les Druzes dans le Sud, en juillet.

Ces affrontements, les plus intenses à Alep depuis la chute de Bachar Al Assad en décembre 2024, ont fait au moins 21 morts parmi les civils depuis mardi, et provoqué le déplacement d’environ 155 000 personnes, qui ont quitté les quartiers à majorité kurde de Cheikh Maqsoud et d’Achrafieh.

Les Forces démocratiques syriennes (FDS), à majorité kurde, avaient affirmé qu’elles n’avaient aucun effectif présent à Alep depuis le retrait de leurs combattants en avril, en vertu d’un accord avec les autorités, et que les quartiers kurdes étaient tenus par les forces de sécurité intérieures kurdes (Assayish) : les deux quartiers « ne représentent en aucun cas une menace militaire et ne peuvent servir de base à aucune attaque contre la ville d’Alep ».

Démonstration de force

Mais il semble que l’armée syrienne a voulu se servir de ce prétexte pour faire une démonstration de force, afin de reprendre le contrôle de la ville, et plus largement du pays. Dans la semaine écoulée, les FDS, essentiellement positionnées dans le nord-est de la Syrie, ont effectivement envoyé des troupes en soutien. Dimanche, elles ont annoncé l’évacuation de leurs combattants.

« Nous sommes parvenus à un accord qui a conduit à un cessez-le-feu et permis l’évacuation des martyrs, des blessés, des civils pris au piège et des combattants des quartiers d’Achrafieh et de Cheikh Maqsoud vers le nord et l’est de la Syrie », ont expliqué les FDS dans un communiqué.

L’armée a évacué plus de 400 combattants kurdes du dernier quartier d’Alep vers la zone autonome kurde et arrêté 300 autres Kurdes, a indiqué un responsable du ministère de l’Intérieur dimanche à l’AFP.

Ces combats ont éclaté alors que l’accord conclu en mars, pour intégrer les institutions de l’administration autonome kurde et les FDS au sein du nouvel État, n’est toujours pas appliqué. Les Kurdes, fer de lance de la lutte contre les djihadistes du groupe « État islamique » en Syrie, réclament notamment un système de gouvernance décentralisé, ce que rejette Damas.

Les États-Unis et l’Union européenne, en pleine phase de normalisation de leurs relations avec le nouveau pouvoir syrien, multiplient les déclarations, mais les Kurdes pourraient bien être les laissés-pour-compte de cette realpolitik. Les bases de l’État islamique ont été bombardées ces derniers jours dans la vallée de l’Euphrate.

Vendredi, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a rencontré le dirigeant Ahmad Al Charaa à Damas, plus pour s’inscrire dans la juteuse reconstruction du pays que pour protéger les minorités. Quant aux États-Unis, ils demandent un « retour au dialogue » tout en saluant Ahmed Al Charaa « qui travaille à stabiliser le pays ».

Être le journal de la paix, notre défi quotidien

Depuis Jaurès, la défense de la paix est dans notre ADN.

  • Qui informe encore aujourd’hui sur les actions des pacifistes pour le désarmement ?
  • Combien de médias rappellent que les combats de décolonisation ont encore cours, et qu’ils doivent être soutenus ?
  • Combien valorisent les solidarités internationales, et s’engagent sans ambiguïté aux côtés des exilés ?

Nos valeurs n’ont pas de frontières.

Aidez-nous à soutenir le droit à l’autodétermination et l’option de la paix.
Je veux en savoir plus !