Les automobilistes "sont abandonnés à eux-mêmes", déplore jeudi 4 décembre sur ICI Hérault David Guyon, avocat qui représente 250 propriétaires de véhicules équipés d'airbags Takata dans toute la France. Il a engagé une procédure collective contre les constructeurs automobiles. Il dénonce le manque d'information et le non-remplacement des véhicules défectueux.
"Ce que j'ai constaté notamment avec le groupe Stellantis, mais ce n'est pas le seul constructeur, c'est qu'ils [ses clients] sont abandonnés à eux-mêmes. C'est à eux de trouver les solutions pour trouver des véhicules de prêt de courtoisie. Ils sont vraiment seuls", explique l'avocat. Il parle d'une situation "totalement anormale", malgré l'action du gouvernement qui a contraint les constructeurs l'été dernier à remplacer immédiatement les véhicules, le temps du changement des airbags. "C'est l'enfer opérationnel", décrit l'avocat.
Parler d'"airbag mortel"
Il dénonce également une communication trop timorée : "Je pense que si l'on parlait d'airbag mortel, les gens cesseraient définitivement d'utiliser ces véhicules, assure l'avocat. C'est toute l'ambiguïté. On parle de défectuosités sans vraiment expliquer qu'en fait, c'est comme du pop-corn, ça va exploser avec la chaleur". Selon lui, c'est "exactement ce qui s'est passé à La Réunion", où un jeune conducteur est mort dimanche après un accident sur la route des Tamarins. Ses blessures sont caractéristiques du dysfonctionnement de l'airbag Takata dont la voiture était équipée, a rapporté mercredi Réunion la 1ère. "C'est l'été austral et donc avec la chaleur, avec l'usure, ces airbags éclatent spontanément. C'est pour ça qu'on parle d'airbag mortel", poursuit David Guyon.
L'avocat explique qu'il faut "changer plus de 2 millions d'airbags en quelques mois ou quelques semaines. Les constructeurs ont informé au fur et à mesure, par vague, par secteur géographique" et selon lui, à cause de cette communication progressive, "aujourd'hui, vous avez encore des personnes qui ne sont pas informées et qui continuent de conduire des véhicules dangereux".
"À compter de la découverte du vice, 24 mois pour agir"
David Guyon parle d’un "scandale industriel" : "les constructeurs n'avaient pas anticipé alors que depuis 2017, Takata qui était le constructeur japonais de ces airbags avait été liquidé, justement parce que les constructeurs avaient engagé sa responsabilité, parce que les airbags étaient de mauvaise qualité". Il réclame "deux mots très simples" : "condamnation, indemnisation". Si ses clients "avaient su qu'ils avaient des airbags mortels, évidemment, ils n'auraient jamais acheté ces véhicules", assure-t-il. S'il n'y avait pas de condamnation des constructeurs, "on aurait pour l'avenir des véhicules de plus en plus dangereux, parce que finalement, c'est quelque chose de normal", anticipe-t-il. Or avec son action de groupe, il veut "éviter qu'on ait des véhicules qui soient dangereux, qui soient mis en circulation avec des constructeurs qui cherchent finalement à sacrifier la sécurité sur l'autel de la rentabilité".
L'avocat invite les propriétaires de véhicules potentiellement concernés à saisir la justice "avant mai 2026". "Vous avez 24 mois pour agir, c'est la garantie des vices cachés, à compter de la découverte du vice. Après, vous ne pouvez plus agir sur ce fondement", explique-t-il. Même s'il y a d'autres arguments juridiques, "celui-ci est quand même extrêmement avantageux et surtout, il vous permet de récupérer l'intégralité du prix d'achat du véhicule", conseille l'avocat.