Mort de Brigitte Bardot : "BB" et les paparazzis, la traque permanente

Actrice, chanteuse et militante de la cause animale, éternelle icône hexagonale et mondiale, Brigitte Bardot, morte dimanche 28 décembre à l'âge de 91 ans, a toujours entretenu un rapport conflictuel avec la presse people. 

"J'ai horreur des photographes. J'ai horreur de cette intrusion de force. C'est une violence contre vous-même, un viol. Ce n'est pas parce qu'on est une actrice qu'on n'a tout d'un coup plus le droit de vivre", confiait Brigitte Bardot en 1982. Dix ans après avoir quitté le cinéma, l'actrice n'était toujours pas remise de l'attention médiatique hors-norme dont elle était l'objet.

Brigitte Bardot fumant une cigarette à l'arrière d'une voiture, le 21 septembre 1970. (BERTRAND LAFORET / GAMMA-RAPHO / GETTY IMAGES)
Brigitte Bardot fumant une cigarette à l'arrière d'une voiture, le 21 septembre 1970. (BERTRAND LAFORET / GAMMA-RAPHO / GETTY IMAGES)

"Je sens si on me photographie. Je comprends bien les animaux sauvages traqués par les mitrailleuses ou par les fusils à lunette. Moi ce n'était pas pour me tuer. Mais on a tué beaucoup en moi en me photographiant avec des téléobjectifs. On dirait des armes de guerre, des bazookas", ajoutait l'actrice. 

Dans la France des années 1950, son statut de star, sa vie amoureuse riche et libre, impliquant de nombreuses personnalités de l'époque (de Roger Vadim à Sacha Distel, en passant par Jean-Louis Trintignant, Gilbert Bécaud et Sami Frey) en font la femme la plus traquée du monde. "On me fait dire des choses que je ne dis pas, faire des choses que je ne fais pas. On a un peu l'impression de ne plus être libre. Je ne peux pas empêcher les gens de parler de moi. Quand ils n'ont rien à dire sur moi ils inventent", témoignait Brigitte Bardot. "Je ne souhaite qu'une chose, c'est qu'on parle moins de moi", ajoutait-t-elle.  

Brigitte Bardot mitraillée par les photographes dans la ville de Spoleto en Italie en 1961. (BRIDGEMAN IMAGES VIA AFP)
Brigitte Bardot mitraillée par les photographes dans la ville de Spoleto en Italie en 1961. (BRIDGEMAN IMAGES VIA AFP)

Les paparazzis ne la lâchent jamais. Le paroxysme sera atteint lors de son deuxième mariage, après le divorce d'avec Roger Vadim. Avec l’acteur Jacques Charrier, rencontré sur le tournage de Babette s'en va-t'en guerre, tout va très vite. Et la cérémonie à la mairie de Louveciennes le 18 juin 1959 tourne à la foire d’empoigne tant les photographes sont nombreux.

Une fois retombée la passion des premières semaines, la star réalise qu'elle n'aime pas son nouvel époux et ne désire pas l'enfant qu'elle attend de lui. Entre eux, la violence s'installe. L'actrice vit sa grossesse comme un calvaire et confiera également avoir très mal vécu la naissance de son fils Nicolas. Ne pouvant sortir de chez elle pour gagner la clinique, elle doit accoucher à son domicile. Le public était tenu informé minute par minute par les journalistes.

Après une tentative de suicide, elle s'en sort par miracle

"J'étais cernée par la presse mondiale. Des journalistes avaient loué à prix d'or les chambres de bonnes qui donnaient sur mon salon. Il fallait que je vive rideaux et fenêtres fermés. Pendant trois mois j'ai vécu enfermée sans sortir, sans bouger, sans pouvoir aller chez le toubib. Il fallait que je me fasse faire une radio, je n'ai pas pu. D'une inhumanité ! Les gens se sont conduits envers moi d'une façon vraiment barbare", expliquait la star. 

Son incapacité à s'occuper de son enfant, ses problèmes de couple, la pression inouïe des journalistes qui la dénigrent parfois violemment, la poussent à bout. Le 28 septembre 1960, jour de son 26e anniversaire, elle fait une nouvelle tentative de suicide. Plongée dans le coma, elle s'en sort par miracle.

Un an plus tard, le film de Louis Malle Vie privée conte l'histoire d'une actrice déprimée face aux paparazzis. C'est en filigrane ce qu'elle a vécu. "En tournant ce film, on a pu constater qu'elle est oppressée par la foule et que les gens l'empêchent de vivre, ça c'est vrai et c'est très émouvant", racontait le réalisateur. 

Tout à la fois adulée et détestée, aucune actrice en France n'a polarisé autant l'attention. Elle aura été pour l'Europe l'égale d'une Marilyn Monroe. Paradoxe ultime : cette femme que la lumière de la pellicule aura si amoureusement modelée, se détournera des projecteurs de peur de s'y brûler.