Prière de circuler : Nantes n’est pas Angoulême. Au lendemain de l’annulation du festival international de la bande dessinée, le monde de la musique classique peut souffler. Son grand rendez-vous annuel aura bel et bien lieu. Les organisateurs de La Folle Journée à Nantes ont présenté, ce mardi, la programmation de la 32e édition du festival, avec un millésime placé sous la thématique des «fleuves». Organisée du 28 janvier au 1er février 2026, la manifestation accueillera 300 concerts et plus de 2000 artistes, dans la droite ligne des éditions précédentes. Un signe de stabilité affiché, pour un événement dont l’avenir s’est pourtant voilé d’incertitude cet automne.
Depuis septembre, La Folle Journée traverse une zone de turbulence inédite en raison des accusations formulées contre son fondateur historique, René Martin. Des collaboratrices du programmateur de 75 ans, directeur artistique du Centre de réalisations et d’études artistiques (Créa) - l’association organisatrice du festival -, ont rapporté des faits de harcèlement au travail et de management toxique et «hypersexualisé», révélés dans une enquête conjointe de Médiacités et de La Lettre du Musicien . Bien que démentant toutes les accusations, René Martin s’est, depuis, mis en retrait du Créa et de La Folle Journée et la ville de Nantes a annoncé cesser toute collaboration avec cette personnalité en vue du monde de la musique classique, au terme d’un audit interne au Créa. Mais qu’allait signifier, pour le festival, la mise à l’écart du programmateur vedette, le temps des investigations judiciaires ?
Passer la publicité«On ne renonce pas»
À en croire les organisateurs, réunis mardi matin au Café de la Cité des Congrès, ces inquiétudes relevaient d’un non-événement. En quarante minutes de présentation de l’édition 2026 de La Folle Journée, ni le directeur général de la Cité des Congrès, Denis Caille, ni son directeur du service culturel, François Gabory, ni l’adjoint à la culture à la mairie de Nantes Aymeric Seasseau (PCF) n’ont spontanément évoqué l’éléphant dans la pièce. Interrogés en fin de conférence de presse, les intéressés ont assuré - entre gêne manifeste et langue de bois - que la manifestation survivra à la tempête.
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«Tant que nous sommes tous rassemblés, La Folle Journée continuera. Nous avançons vers l’avenir avec enthousiasme. On ne renonce pas - quelle que soit l’adversité», a pêle-mêle évacué Aymeric Seasseau, sans revenir sur les accusations visant René Martin. En coulisses, pourtant, un malaise subsiste. Prudente, la maire socialiste de Nantes, Johanna Rolland, s’est dispensée de l’habituel éditorial vantant la gloire du festival, dans les premières pages de son dossier de presse. Pour le reste, tant que la collectivité, la Cité des Congrès et le Créa demeurent, La Folle Journée vivra. La finalisation de l’édition 2026 du festival ne s’est pas moins réalisée sous une épée de Damoclès, avec une programmation bouclée in extremis, en trois petites semaines.
L’orchestre philharmonique tchèque de Hradec Kralové, le Johann Strauss Ensemble, l’American Spiritual Ensemble ou encore la Capella de la Torre font partie des formations attendues pour la fin janvier à Nantes. Si la liste des invités est, comme toujours, impressionnante, plusieurs artistes auraient néanmoins préféré faire l’impasse sur la prochaine Folle Journée. «Je préfère parler des présents plutôt que des absents, même si - à ma connaissance - il n’y a pas eu de désistements», balaie Aymeric Seasseau, plus prolixe dès qu’il s’agit de rappeler la subvention de 200.000 euros supprimée l’année dernière par la région des Pays de la Loire. Une somme non négligeable dans le budget total du festival, estimé à 4,8 millions d’euros - dont 1,1 million financé par la collectivité nantaise. «D’une certaine manière, cela a rendu l’année précédente plus complexe que celle-ci», glisse l’élu communiste. La billetterie de La Folle Journée ouvrira le 23 décembre.