"Vous devez décider à qui vous allez donner de quoi survivre" : l'ONG Handicap International dénonce la faiblesse de l'aide humanitaire au Soudan

Une semaine après le passage du N°2 de l’ONU au Darfour, au Soudan, l’aide humanitaire sur place reste précaire. D’après l'ONG, Handicap International, seul un quart des besoins financiers sont aujourd’hui couverts dans le camp de Tawila, situé à une cinquantaine de kilomètres d’al-Facher. La crise humanitaire dans la zone est considérée comme l’une des plus importantes du moment.

C'est un hasard, mais Jérôme Bertrand, qui travaille pour Handicap International, est arrivé dans le camp de Tawila, quelques jours après la prise de la ville d'al-Facher par les paramilitaires. Il a découvert le camp de réfugiés au plus fort de la crise. "Vous avez une population comme celle de la ville de Lyon qui vit sous des bâches, dans des abris en paille et qui n'ont plus rien pour survivre", a-t-il constaté.

"De plus en plus" de réfugiés

Avec la chute de la ville d'al-Facher, celle de Tawila a connu une sur crise. Des milliers de réfugiés supplémentaires ont convergé vers cette zone en étant menacés sur la route par les paramilitaires. "Il y a de plus en plus de monde, ils arrivent de nuit et ceux-là ont des blessures aux coudes et aux genoux, parce qu'ils ont rampé sur des centaines de mètres, voire, peut-être, sur plusieurs kilomètres pour échapper à ces groupes qui les menacent", raconte Jérôme Bertrand.

"Il y a des blessures par balles, il y a des blessures de tortures"

Jérôme Bertrand, membre de l'ONG Handicap International

sur franceinfo

"Ils sont blessés et il y a ces marques aux coudes et aux genoux qui sont très marquantes", relate Jerôme Bertrand. Les ONG n'ont pas de stocks sur place, elles travaillent "à flux tendu". Les camions peuvent mettre deux mois avant d'arriver, freinés par les contraintes administratives et sécuritaires. "À cause du contexte sécuritaire, les routes principales d'accès au camp de Tawila ne sont plus utilisables. Tous les camions qui apportent de l'aide sont obligés de traverser une zone qui s'appelle le Djebel Marra, c'est une zone montagneuse et volcanique. Ils doivent passer par des pistes, mais des pistes qui sont improvisées", explique-t-il.

Les ONG en échec dans la zone de Tawila

Une quinzaine d'ONG tiennent l'aide humanitaire à bout de bras dans le camp mais elles n'arrivent pas à répondre aux besoins, regrette Jérôme Bertrand : "On se retrouve à devoir faire des choix comme 'qui est-ce qu'on aide, qui est-ce qu'on n’aide pas'. Quand vous avez des nouveaux arrivants, vous devez décider à qui vous allez donner de quoi survivre, parce qu'il ne s'agit que de cela, donner de l'eau pour boire, donner à manger, pour survivre. C'est ce dilemme inhumain auquel on fait face."

Cette situation au Darfour illustre l'effondrement de l'aide humanitaire institutionnelle avec le retrait des financements américains depuis Donald Trump et l'absence de l'ONU qui ne parvient pas à déployer sa logistique pour répondre aux besoins.