Ces derniers temps, communiqués et réunions s’enchaînent. L’annonce d’une nouvelle procédure pour réformer la gouvernance du festival d’Angoulême, actée lundi par les financeurs publics (ville, agglo, département, région, Drac et CNL), a été saluée par toute l’interprofession comme une belle avancée.
Trop tard pour les syndicats d’auteurs qui maintiennent leur appel au boycott de l’édition 2026, toujours sous la coupe de 9e Art+, la société dirigée par le très contesté Franck Bondoux. Ils considèrent que leurs revendications sont non négociables et doivent servir de socle à tout nouveau projet. Sans quoi, auteurs et autrices ne reviendront pas, même en 2027.
Le ministère de la Culture veut négocier les conditions du festival
Le festival ne peut pas se tenir sans les artistes, jugent les deux syndicats d’éditeurs (le Syndicat des éditeurs alternatifs et le Syndicat national de l’édition, qui regroupe les poids lourds du secteur). De son côté, 9e Art+ s’enfonce dans le déni, et cela en devient pathétique.
Quant aux pouvoirs publics, les collectivités territoriales veulent croire au miracle. Et si le ministère de la Culture « entend la mobilisation des auteurs et des autrices », il considère que « l’édition 2026 doit se tenir dans des conditions à définir collectivement ». Coûte que coûte ? Quoi qu’il en coûte ?
« Ils ont creusé leur propre tombe, estime le scénariste et historien de la BD, Benoît Peeters. L’annulation de 2026 est la seule possibilité pour un redémarrage en 2027. Mais cela suppose évidemment de se débarrasser de 9e Art+, en assumant toutes les conséquences. »
Le désastre était prévisible. Au printemps dernier, la pétition d’appel au boycott des auteurs, relayée dans l’Humanité, avait rassemblé plus de 2 500 signatures dont celle d’Anouk Ricard, Grand prix 2025. Depuis, toutes les exigences de transparence et la tentative d’appel à projets pour refonder le festival ont été balayées avec mépris. Le 8 novembre, comme si de rien n’était, 9e Art+ était reconduit.
L’affaire Chloé, le déclencheur d’une colère collective
Dans cette histoire, les auteurs sont le moteur de cette mobilisation sans précédent, menée majoritairement par les autrices, en première ligne. L’affaire Chloé, cette salariée du festival licenciée après qu’elle a porté plainte pour viol, a servi de catalyseur au ras-le-bol général.
Dans le Manifeste des 285, publié lundi dans nos colonnes, les autrices et leurs associées appelaient au « girlcott » : pour elles, mettre les VSS (violences sexistes et sexuelles) au centre du débat, c’est aussi lutter contre les dérives mercantiles et les maltraitances du festival.
« Aujourd’hui la colère explose, dans la logique d’années d’absence de dialogues, d’opacité à tous les niveaux, explique Lisa Mandel, une des autrices signataires du manifeste. Ce n’est pas un caprice. Il faut faire table rase, déconstruire pour reconstruire. Le girlcott vient sanctionner les décisions passées pour imaginer quelque chose de nouveau. »
Pour Florence Dupré La Tour, autre signataire, « l’annulation de l’édition 2026 est une victoire. Cet élan solidaire de toute la profession est historique pour la refonte du festival. Il faut faire le grand ménage ». L’annulation de cette édition est certes violente, mais toutes les possibilités de sortie de crise ont été étouffées dans l’œuf. Reste à imaginer une renaissance pour 2027. Le festival 2026 est mort, vive le festival d’Angoulême !
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