L’écrivain et journaliste africain-américain Ta-Nehisi Coates, né en 1975 à Baltimore dans le Maryland, auteur entre autres de l’essai très remarqué Une colère noire (Autrement, 2015), sort en français un nouveau livre, le Message (1). Il y explore « la façon dont l’oppression se répète dans différents contextes », de l’île de Gorée au Sénégal en passant par la Cisjordanie et Jérusalem-est, jusqu’à la Caroline du Sud, où ses ouvrages sont aujourd’hui interdits.
Professeur à l’université d’Howard (Washington DC), il est le fils de Paul Coates, ancien Black Panther, fondateur de la maison d’édition Black Classic Press, et de Cheryl Waters, enseignante. Ta-Nehisi Coates a donc grandi au sein d’un milieu marqué par l’activisme noir et la conscience raciale, dans une ville en proie à la pauvreté, à la violence et à la ségrégation. Le nom Ta-Nehisi est dérivé de l’ancien égyptien, qui désignait le royaume de Nubie, parfois traduit par Terre des Noirs.
Le Message s’inscrit dans un espace de réflexion sur l’esclavage et la colonisation, ce aux États-Unis, au Sénégal, en Palestine, deux pays où vous vous êtes rendus pour la première fois au printemps 2023. Commençons par les États-Unis, réputés « terre de la liberté ». En Caroline du Sud, mais aussi au Colorado et dans le Tennessee, des élus retirent vos textes des bibliothèques et les interdisent dans les salles de classe…
Une politique de « book bans » (livres interdits – NDLR) se met en place aux États-Unis. C’est pourquoi je me suis rendu en Caroline du Sud. J’étais frustré de voir que les écrivains vivant à New York ne s’emparent jamais de ces problèmes. J’ai besoin d’aller constater la réalité sur place. Dans l’université où mon livre Une colère noire (Autrement, 2016, lauréat du National Book Award 2015) a été interdit, je m’attendais à devoir lutter pour me faire entendre. Or j’ai vu que beaucoup de gens...