Depuis septembre, SUD Crédit agricole mutuel tient les comptes. Dans le secteur Loire-Haute-Loire, 25 agences vont fermer. En Normandie-Seine, 20 autres sont concernées, comme 15 % du réseau en Centre-Ouest. Des projets similaires sont à l’étude en Midi-Pyrénées…
Jusqu’ici, les banques mutualistes étaient plutôt épargnées par la chute du nombre de salariés, alors l’apanage des établissements capitalistes. La BNP Paribas, par exemple, prévoit de fermer 500 agences d’ici à 2030 et de réduire ses effectifs de 2,5 % par an.
Les petites agences sacrifiées au nom de la rentabilité
La Société générale a officialisé un plan de suppression de 947 postes à son siège, quand HSBC France (repris par CCF) veut fermer 72 de ses 238 agences et licencier 3 200 salariés. Rien de cette ampleur au Crédit agricole, « sauf qu’on a ressenti une accélération des fermetures d’agences ces derniers mois, en particulier des petits points de vente de trois salariés ou moins. C’est pour cela qu’on a alerté », explique Geoffrey Vizot, secrétaire général adjoint de SUD Crédit agricole mutuel.
Ce dernier insiste sur la spécificité des banques mutualistes : « Nous, nous avons été créés pour être au service des territoires, à proximité de nos clients – sociétaires, des commerçants. » Le Crédit mutuel suit cette tendance, même si, comme au Crédit agricole, la réalité varie selon la région. « Il y a des fusions et des fermetures de points de vente en Bretagne, quand nous sommes plutôt en conquête dans le Sud-Ouest », précise Hervé Guillaume, délégué syndical national CGT pour la branche Crédit mutuel.
Dans cette banque, les petites agences de trois salariés sont elles aussi promises à la fermeture. Souvent, deux fusionnent pour créer de plus gros sites, de plus de six ou sept personnes. Les directions des banques se défendent de tout objectif national de fermeture de sites, comme de suppression de postes. D’ailleurs les syndicats le confirment : les effectifs restent stables.
Le bien-être des salariés menacé au Crédit mutuel et au Crédit agricole
« Mais comme on s’ouvre à d’autres activités, on devrait être plus nombreux : on développe une banque en ligne avec la filiale Fortuneo ou encore des services informatiques en marque blanche… » remarque Hervé Guillaume. Idem au Crédit agricole, où les activités assurance et technologiques se développent avec des effectifs toujours plafonnés à 78 000.
« Les fermetures d’agences ne s’accompagnent pas pour le moment de suppressions de postes : les salariés d’une agence fermée iront travailler sur un autre. Mais cela peut leur augmenter leur temps de transport, et rien ne dit qu’ils seront remplacés quand ils quitteront l’entreprise », confirme Geoffrey Vizot.
Les salariés trouvent parfois qu’il est plus simple de s’organiser dans des agences plus grosses. « Dans les points de ventes avec deux ou trois salariés, ce n’est pas simple de poser des jours de congé ou de passer à temps partiel, précise Hervé Guillaume. On essaie de tenir les deux bouts : le bien-être des salariés et le maillage territorial pour nos sociétaires. »
L’un des arguments des directions pour réduire la voilure, qu’on retrouve chez les grands établissements capitalistes, est celui de la concurrence tenace des banques en ligne, leurs services numériques et leurs bas prix.
Les clients poussés hors des agences
« Mais on peut se mettre au niveau en matière de services en ligne sans que ce soit au détriment de notre maillage local, répond Geoffrey Vizot. Parce que si les gens ne voient plus d’agence Crédit agricole dans leur ville, pourquoi ils resteraient chez nous ? En agissant de la sorte, on risque de se priver de notre avantage concurrentiel par rapport aux autres acteurs bancaires, qui est quand même la proximité avec les clients, avec les territoires et la ruralité. »
Les directions arguent aussi que, numérisation aidant, il y a de moins en moins de passages en agence. Pour les syndicats, le mouvement a commencé lorsque les distributeurs à l’intérieur ont été fermés pour ne conserver que ceux à l’extérieur. En outre, « on a eu consigne de demander au client de faire tout seul sur Internet toute opération qui n’est pas rentable, comme les virements, déplore Hervé Guillaume. Les agents doivent se concentrer sur le côté commercial, faire le plus de rendez-vous possible. Le sociétaire ne se sent plus le bienvenu lorsqu’il passe à l’agence à l’improviste, ce n’est pas comme ça qu’on va défendre nos valeurs mutualistes », déplore le cégétiste.
Ces fermetures d’agences ont aussi des conséquences sur les centres des petites villes, qui se désertifient. En cas de fusion, les points de vente des zones commerciales sont parfois privilégiés à ceux au cœur des communes, et en cas de fermeture, le distributeur automatique de billets disparaît avec. Cela contraint des maires à mettre la main à la poche pour maintenir ou installer de nouveaux DAB.
Le média que les milliardaires ne peuvent pas s’acheter
Nous ne sommes financés par aucun milliardaire. Et nous en sommes fiers ! Mais nous sommes confrontés à des défis financiers constants. Soutenez-nous ! Votre don sera défiscalisé : donner 5€ vous reviendra à 1.65€. Le prix d’un café.
Je veux en savoir plus !