Une série de noyades d’enfants autistes souligne les défis de la sécurité lors des sorties encadrées

Dimanche 19 août, le corps d’une fillette de onze ans est retrouvé immergé dans l’eau de la base de loisirs de la Grande Paroisse de Seine-et-Marne. Elle participait à une sortie avec son centre de vacances. 11 éducateurs étaient présents pour encadrer 12 enfants en situation de handicap.

Deux jours auparavant c’est un garçon de sept ans qui s’est noyé dans un étang en bordure d’une aire de jeux à Moulins (Allier). Il participait à une colonie organisée par la ville de Bobigny (Seine-Saint-Denis). Trente-cinq enfants étaient encadrés par une équipe de huit personnes. « Un taux d’encadrement renforcé en raison de la présence de deux enfants atteints de handicap », a précisé par communiqué la mairie après le drame.

D’après les premiers éléments de l’enquête ouverte pour homicide involontaire, seuls quatre à six animateurs étaient effectivement présents au moment du drame. Un taux qui ne contrevient pas pour autant à la réglementation en vigueur qui est fixé à 1 encadrant pour 12 enfants de plus de 6 ans et qui ne précise rien pour les enfants à besoins particuliers.

Enfin au début de cette semaine noire, le mardi 12 août, c’est un garçon de onze ans qui est retrouvé noyé dans une base nautique à Choisy au cours d’une sortie organisé par un centre de loisirs de la ville de Paris. Les conditions d’encadrement ne sont pas encore connues.

Une méconnaissance du trouble autistique

Trois drames en à peine une semaine qui se sont déroulés dans des circonstances similaires. Ces enfants, tous porteurs d’un trouble du spectre autistique, ont échappé à la surveillance des animateurs. La communauté des maîtres nageurs, des animateurs et des associations de personnes atteintes de trouble de l’autisme sont endeuillées et réclament davantage de moyens humains pour que ce loisir reste accessible aux jeunes porteurs de handicaps.

« Cette série de noyades révèle deux choses, estime Olivia Cattan présidente de SOS autisme France. D’abord une ignorance de ce trouble et des réactions que peuvent avoir les personnes qui en sont atteintes, et un manque de formation sur l’autisme à toutes les échelles ». La fugue est une caractéristique la plus commune chez les personnes atteintes de ce trouble.

« Pour cette raison leur encadrement demande une attention particulière, ils peuvent partir d’un coup et très vite », précise encore Olivia Cattan mère d’un enfant atteint d’autisme. « Si la personne qui a en la charge ne sait pas cela, elle ne peut pas l’anticiper et on ne peut pas attendre d’un jeune qui vient d’obtenir son BAFA une telle responsabilité », ajoute-t-elle.

Une vulnérabilité accentuée par le milieu aquatique

Tous les enfants sont globalement plus exposés aux noyades. Les premiers chiffres de cet été annoncent une saison noire : 27 mineurs décédés par noyade ont déjà été recensés entre le 1er juin et le 23 juillet selon Santé publique France. Les enfants autistes sont les plus vulnérables.

D’après une étude de la faculté de santé publique de l’Université Columbia, réalisée en 2017 et publiée dans la revue American Journal of Public Health, « les enfants autistes ont 160 fois plus de risques de noyade que le reste de la population pédiatrique ».

L’enjeu est donc de les initier le plus tôt possible à la pratique de la natation. « Ce n’est pas une raison pour leur interdire la baignade, mais il faut s’adapter », insiste Sandie Nahoum, présidente de la Fédération française des maîtres-nageurs sauveteurs (FFMNS) auprès de l’AFP.

Cette vulnérabilité rend la surveillance complexe. « Il faut qu’au moins une personne ne soit qu’avec eux », réclame Sandie Nahoum, soulignant un « manque de maîtres-nageurs global ». Elle recommande aussi aux accompagnants de « prévenir les maîtres-nageurs » lorsqu’un enfant en situation de handicap mental ou cognitif est présent sur la zone de baignade. Les enquêtes ouvertes pour homicide involontaire devront préciser les circonstances exactes de ces drames.

Avant de partir, une dernière chose…

Contrairement à 90% des médias français aujourd’hui, l’Humanité ne dépend ni de grands groupes ni de milliardaires. Cela signifie que :

  • nous vous apportons des informations impartiales, sans compromis. Mais aussi que
  • nous n’avons pas les moyens financiers dont bénéficient les autres médias.

L’information indépendante et de qualité a un coût. Payez-le.
Je veux en savoir plus