« Kneecap » : les enfants terribles du rap irlandais refont le film de leur success story

En 2002, le rappeur Eminem mettait en scène ses premiers pas dans l’arène musicale dans le film culte 8 Mile. En 2015, même exercice côté français dans Comment c’est loin, où Orelsan et Gringe s’amusaient des débuts boiteux des Casseurs Flowters.

Cette année, c’est au tour de l’Irlande du Nord d’offrir sa fusion entre rap et cinéma, biopic et autobiographie, avec Kneecap. Qui ça ? Peu connu en France, le trio éponyme formé par Mo Chara, Moglai Bap et DJ Provai fait pourtant partie de ce qui se fait de mieux au rayon rap contestataire de l’autre côté de la Manche. Et lâche dans les salles un film survolté et réjouissant, à l’image de ses prestations sur scène.

Engagés pour la libération de la Palestine, promoteurs de l’irlandais face à l’anglais (la langue du « colon », selon eux), les trois enfants terribles de Belfast défient depuis 2017 Downing Street avec leurs punchlines en gaélique, et rêvent du jour où l’Irlande se réunifiera loin de la couronne britannique.

Énergie contestataire

Les interprètes de Get your Brits out (« foutez vos Anglais dehors »), qui avaient irrité le parti conservateur en plaisantant sur le fait « qu’un bon Torie est un Torie mort », empilent les polémiques comme les concerts – pour avoir brandi un drapeau du Hezbollah lors d’un spectacle, Mo Chara a été inculpé à Londres en mai.

Ce jusqu’au-boutisme punk, parfois contre-productif, rappelle au fond les embardées furieuses des Sex Pistols ou de Morrissey, qui promettait de mettre Thatcher « à la guillotine » dans les années 1980. L’énergie contestataire transpire dans le film, pulsé par un montage électrique et euphorisant, qui emprunte tant à la grammaire musicale (la bande son mixe chansons originales du groupe et nouvelles propositions) qu’à celle de la bande dessinée. Dans Kneecap, on beugle, on court, on se vautre dans l’humour paillard. La politique est une fosse fiévreuse où les corps suent, s’entrechoquent et exorcisent la domination.

Il y a forcément une part d’egotrip dans l’exercice, mais Kneecap contourne habilement les écueils du « mégalobiopic » en ironisant sur sa propre success-story et en racontant l’irruption miraculeuse d’une troupe de bras cassés – petites frappes vivant de trafic de drogue et de larcins –, qui va soudain se découvrir une fibre politique et se frotter à la grande histoire. Et ce notamment grâce à l’arrivée de DJ Provai dans la bande, ce dernier étant prof de gaélique et engagé de longue date dans la lutte pour la réunification de l’île.

C’est au fond à une réactualisation pop de l’imaginaire républicain irlandais qu’invite leur film, pour dépasser le grand roman historique qu’ont peint des œuvres comme Le vent se lève de Ken Loach ou Hunger de Steve McQueen. Des réalisations importantes, mais dont la portée a nécessairement pris un petit coup de vieux. Kneecap rappelle que les luttes irlandaises n’appartiennent pas qu’au passé.

Kneecap, de Rich Peppiatt, Irlande-Royaume-Uni, 1 h 45

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