Envoyé spécial à Split (avec Sébastien Ferreira)
Quel est l’enjeu de ce match ?
Il est double. S’imposer en Croatie pour se rendre la vie facile dimanche au Stade de France et valider la place dans le Final Four de la Ligue des nations, avant peut-être des retrouvailles contre l’Espagne (qui défie les Pays-Bas). Mais aussi faire perdurer la dynamique collective entrevue à l’automne et en début d’hiver avec notamment le succès important en Italie (1-3) dans un San Siro en feu. Performance réalisée sans Dembélé, Mbappé et Tchouaméni. Ces trois-là sont de retour et titulaires jeudi soir à Split. Didier Deschamps attend d’eux un état d’esprit irréprochable, une capacité à se fondre dans le collectif qui a effectué les basses œuvres durant leur absence, afin d’entrevoir un esprit collectif de premier plan. Après le résultat, essentiel, c’est la grande ambition du sélectionneur, qui prépare déjà 2026. Un succès en Ligue des nations en juin prochain, après l’accroc de l’Euro (défaite en demi-finale contre l’Espagne), offrirait du souffle et une certaine tranquillité à des Bleus dont l’équilibre de vestiaire est l’un des enjeux de la semaine.
À quelle ambiance s’attendre à Split ?
Tous les billets du stade Poljud, vétuste mais au charme d’antan, qui accueille habituellement les rencontres de l’Hajduk Split dirigé par Gennaro Gattuso, ont été vendus. Près de 33.000 supporters croates seront présents (600 Français également) pour pousser derrière leur nation. Finaliste de la dernière édition et battue par l’Espagne en 2023, la Croatie part logiquement en position d’outsider face aux Bleus. Malgré tout, l’attente est là. « Il n’y a aucune question posée par les médias français sur notre sélection, quel est l’intérêt de cette rencontre », a soufflé une consœur croate à Didier Deschamps en conférence de presse. Ambiance. Dans une enceinte d’un autre temps mais qui respire le football, les vice-champions du monde risquent de se faire bousculer d’entrée de jeu. Un test parfait avant le retour au Stade de France dimanche.
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Quelle équipe Didier Deschamps va-t-il aligner ?
Si l’on se fie à l’ultime mise en place tactique opérée mercredi sur les coups de 18h, le sélectionneur des Bleus devrait faire du classique pour le premier round de cette double confrontation. Le duo Dembélé-Mbappé est attendu par tout le public français et Kolo Muani devrait être le troisième larron de l’attaque des Bleus sur le côté droit. En feu avec le PSG, l’attaquant parisien aura toute la liberté de s’exprimer, dans un poste de faux 9, avec des relais en position de numéro 10. Au milieu de terrain, Tchouaméni et Rabiot sont incontournables et pourraient être accompagnés par Guendouzi, préféré à Koné. En défense, la charnière Konaté-Saliba part avec les faveurs de Deschamps, sachant qu’Upamecano avait un petit pépin physique. Digne, performant en novembre à San Siro lors du succès face à l’Itlaie (1-3), sera là à gauche, et Koundé à droite, devant Maignan.
Le onze probable des Bleus
Maignan – Koundé, Konaté, Saliba, Digne – Guendouzi, Tchouaméni, Rabiot – Kolo Muani, Dembélé, Mbappé (cap)
Ousmane Dembélé a-t-il déjà joué en numéro 9 chez les Bleus ?
Jamais. Ce serait donc une grande première de voir le meilleur buteur européen en 2025 être aligné à la pointe de l’attaque de l’équipe de France. Il a pu, dans le passé, alterner entre le côté droit ou gauche, mais il n’a jamais enfilé le costume de numéro 9. Didier Deschamps ne lui demandera pas de faire comme Marcus Thuram, Randal Kolo Muani ou encore Olivier Giroud. Ce n’est pas son profil et il a bien d’autres qualités pour s’illustrer. À savoir s’il permutera, comme au PSG, sur tous les fronts de l’attaque, l’interrogation demeure. Deschamps voulait déjà en novembre le tester dans une position axiale. Dembélé (53 sélections, 6 buts), auteur de deux petits buts en quatre ans chez les Bleus, peut changer de dimension chez les Bleus cette semaine. Et prendre date pour l’avenir. L’occasion est magnifique.
Que vaut la Croatie ?
L’été dernier, pour la première fois depuis la Coupe du monde 2014, la Croatie n’a pas passé le premier tour d’une grande compétition. Embarrassant, en sachant qu’elle a fait deux podiums au Mondial entretemps, et qu’elle a clairement raté son Euro 2024, signant deux matches nuls face à la modeste Albanie (2-2) et une faible équipe d’Italie (1-1). Derrière, la bande à Luka Modric a traîné les pieds en Ligue des nations. Elle n’a pas battu le Portugal (défaite 2-1 puis nul 1-1), s’est péniblement imposée à domicile contre la Pologne (1-0) et l’Écosse (2-1), et s’est même inclinée à Glasgow en novembre dernier (1-0). «Peut-être qu’il y a eu une crise de résultats mais pas une crise de jeu», défendait Dalic à l’issue de la phase de groupes de la Ligue des nations.