C'est une verrerie créée il y a du siècle. Arc France, grand fabricant historique de produits en verre pour les arts de la table, annonce mercredi 7 janvier avoir demandé son placement en redressement judiciaire en raison d'une "dégradation sévère et continue" de son environnement de marché. Ce groupe bicentenaire, qui emploie encore 3 500 salariés à Arques (Pas-de-Calais), où sont basés sa principale usine et son siège social, a bénéficié par le passé de nombreux plans de refinancement soutenus par l'Etat, le dernier en 2024.
Le tribunal de commerce de Lille Métropole doit statuer mercredi sur sa demande de placement en redressement judiciaire, précise le groupe dans un communiqué. Cette procédure est "le seul cadre légal et possible pour permettre à Arc de s'adapter durablement à un environnement de marché profondément dégradé", estime le directeur général d'Arc France, Nick Hodler, cité dans le communiqué.
Une forte concurrence
Dans un énième sauvetage en avril, un plan de refinancement de 42 millions d'euros avait été validé par la justice, avec l'arrivée notamment de deux nouveaux actionnaires minoritaires. En parallèle, l'Etat avait accordé à Arc un nouveau prêt de 30 millions d'euros et renoncé à une partie de ses anciennes créances, alors qu'il avait déjà prêté plus de 138 millions d'euros au groupe entre 2020 et 2023. "Notre modèle doit encore se transformer en profondeur (...), en revoyant notre schéma industriel et donc en réduisant nos effectifs", prévient le directeur général d'Arc France.
"Il y a plusieurs centaines d'emplois qui sont clairement en jeu, ça pourrait être de l'ordre de 500 personnes", craint Frédéric Specque, délégué syndical central CGT chez Arc France interrogé par l'AFP. Selon lui, l'environnement de marché pour Arc est très difficile, entre "la baisse de la consommation et la baisse du pouvoir d'achat" et la concurrence, déloyale selon lui, des produits importés d'Asie. "Les contraintes économiques, elles sont là : on est envahis de produits chinois qui copient les nôtres sans la qualité, mais qui sont quatre à cinq fois moins chers. Donc tant qu'on aura ça, on peut faire tous les plans qu'on veut, on sera toujours trop chers", regrette de syndicaliste.
Une offre de reprise
Timothée Durand, membre d'une famille de propriétaires historiques d'Arc où il a passé la majeure partie de sa carrière jusqu'en 2024, va présenter un projet de reprise de la société, précise l'entreprise dans son communiqué, qualifiant cette offre de "sérieuse" et "réaliste". "L'Etat sera attentif aux conséquences humaines et sociales" de cette nouvelle procédure pour Arc, "dans la continuité du soutien apporté par l'Etat à ce groupe depuis plusieurs années", a réagi le ministre délégué à l'Industrie, Sébastien Martin, dans une déclaration transmise à l'AFP.
Le ministre délégué compte rencontrer jeudi Timothée Durand, a-t-il précisé, tout en soulignant que "l'Etat examinera[it] avec sérieux" toutes les autres offres de reprise susceptibles de venir par la suite. Fondé en 1825, Arc produit notamment des ustensiles pour la table, verres et assiettes, sous ses marques Arcoroc, Luminarc, Cristal d'Arques Paris et Chef&Sommelier, mais aussi des produits d'entrée de gamme pour le géant suédois de l'ameublement Ikea. Mais le groupe fait face à des difficultés chroniques depuis les années 2000 : en vingt ans, ses effectifs à Arques ont été presque divisés par trois.