ArcelorMittal : à Dunkerque, des ouvriers demandent une loi transpartisane pour « sauver l’aciérie »

Le tas de pneus s’enflamme en un souffle et un énorme panache de fumée noire s’élève dans le ciel. Le lampadaire juste à côté du brasier ne tient que quelques minutes avant de s’effondrer. Ce vendredi 20 juin est journée de mobilisation chez Arcelor Mittal Dunkerque. Sur la pelouse du grand rond-point qui dessert l’entrée de l’usine, des barnums et une scène ont été installés, hérissés de drapeaux aux couleurs de la CGT.

Plusieurs sites français d’ArcelorMittal sont sous le coup d’un plan de 636 licenciements. À l’aciérie de Dunkerque, sur 3 200 postes en CDI, la direction évoque 270 à 280 postes supprimés, mais promet une centaine de reclassements internes. Reynald Quaegebeur, du syndicat CGT de l’usine, pense que la direction « veut aller au-delà » dans son plan de casse industrielle. Il en veut pour preuve l’annonce de la mise en place d’un four électrique capable de produire seulement 1,5 million de tonnes d’acier par an, alors que l’usine affiche une capacité potentielle de sept millions de tonnes. Bien loin du vaste projet de décarbonation qui avait été promis.

« En 2003, j’ai vu mon père les larmes aux yeux, je n’ai pas envie de revivre ça. » Gaëtan Lecocq, CGT ArcelorMittal Dunkerque

« En 2003, j’ai vu mon père les larmes aux yeux, je n’ai pas envie de revivre ça. » Sur la scène, Gaëtan Lecocq, secrétaire de la CGT d’ArcelorMittal Dunkerque, a pris la parole. Il se souvient de la fermeture de Sollac à Isbergues (Pas-de-Calais), où travaillait son père, qui a ensuite été transféré dans l’usine où œuvre aujourd’hui son fils. Aux élus locaux et parlementaires présents, LFI – qui comptait une importante délégation de députés –, PCF, écologistes et socialistes, il lance : « J’ai besoin de vous pour une proposition de loi transpartisane afin de sauver notre acier. » « Quelle sera la position du Rassemblement national ? », s’interroge-t-il, ne cachant pas son aversion pour le parti d’extrême droite.

« Nationalisation totale et définitive »

« Les élus et parlementaires sont des appuis importants », insiste Baptiste Talbot, chargé de la coordination des luttes au Bureau confédéral de la CGT, disqualifiant lui aussi l’extrême droite, « qui oppose les travailleuses et travailleurs entre eux, récupère les luttes et fait le jeu in fine de l’extrême droite ». Si la nationalisation revient dans toutes les bouches, cette revendication est soumise à des garanties supplémentaires. « Nationalisation totale et définitive, sous contrôle des travailleurs », prévient la banderole installée sur scène. « Sans rachat, ni indemnisation » de l’actionnaire, complète Christian Porta. Pour ce délégué CGT d’une boulangerie industrielle de Moselle, venu dans le Nord exprimer sa solidarité, les milliards de bénéfices et de dividendes déjà empochés suffisent amplement.

De la petite délégation allemande de IG Metall aux syndicats CGT de Total, de l’Afpa (formation pour adultes) ou de la Santé, un autre sentiment prédomine dans les interventions. Celui que le combat des ArcelorMittal est universel. Un combat dont on entendra à nouveau parler dans les prochaines semaines. Et peut-être le 7 juillet, lors de l’étape du Tour de France qui reliera Valenciennes à Dunkerque.

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