Des groupes de jeunes se pressent bruyamment vers la Paris La Défense Arena ce samedi, en cette fin d’après-midi ensoleillée. Parmi eux, on distingue quelques maillots de football, principalement celui du Paris SG – attachement local oblige, ou conséquence de la récente victoire en Ligue des champions. La queue s’allonge devant l’entrée principale au fur et à mesure que les minutes passent. Certains trépignent d’impatience. Ils ont envie de rentrer dans l’enceinte rapidement. Pas seulement pour se mettre à l’abri de la chaleur ambiante. Ils veulent prendre place sur leur siège pour assister à la finale de la Coupe du monde des clubs de la Kings League.
Pour les non-initiés, une petite explication s’impose : la Kings League est une compétition de football à sept lancée il y a trois ans dont les règles originales – marquées par une forte gamification avec par exemple l’existence de cartes joker ou la possibilité pour le président de tirer un penalty à tout moment – rendent les matches bien plus dynamiques, fun et incertains. Le but ? Attirer un public jeune davantage adepte de jeux vidéo que de ballon rond. La «Gen Z». C’est dans cette optique qu’elle est portée, dans tous les pays dans lesquels elle s’est implantée, par des streameurs, des vedettes chez les jeunes générations. Ce n’est donc pas seulement du football. C’est du sport-spectacle. C’est d’ailleurs pour cette raison que la finale, opposant deux clubs espagnols, est précédée de diverses animations, footballistiques et autres. Et c’est efficace puisqu’ils seraient près de 25 000 à avoir pris leur billet pour ce show.
Gerard Piqué ne s’attendait pas à un tel succès
Une fois notre accréditation en poche – ou plutôt autour du coup –, on prend directement la direction du tapis rouge qui fait office de zone mixte pour pouvoir interroger les différents acteurs. C’est un peu la folie avec tous les médias – parmi lesquels de nombreux Espagnols –, chacun souhaitant avoir son petit moment fort en vidéo. Les questions de fond ne sont pas légion. Ce qui compte, c’est du contenu marquant, engageant, capable de trouver sa place dans les algorithmes des réseaux sociaux. «Ton favori pour le Ballon d’or : Ousmane Dembélé ou Lamine Yamal ?», peut-on notamment entendre. Ce sont d’autres codes. Mais ceux qui passent devant les microphones ont l’habitude et se prêtent au jeu, sachant pertinemment que le succès de la Kings League passe (aussi) par ces relais.
Gerard Piqué, le créateur de la compétition, a le sourire aux lèvres. Il sait que cette deuxième édition du Mondial des clubs, organisée à Paris, est une franche réussite en termes d’intérêt. «C’est incroyable. C’est hallucinant de se rendre dans des finales, dans d’autres pays, et de voir autant de personnes engagées. Je trouve ça fascinant. C’est un événement spectaculaire. Les gens viennent parce qu’ils aiment le produit. Je ne m’attendais pas à un tel succès», s’enthousiasme l’ancien défenseur du FC Barcelone. Samir Nasri, l’entraîneur de l’équipe F2R lors de la Kings League France, a tenu, quant à lui, à saluer le beau parcours des clubs français dans cette Coupe du monde malgré un vécu commun moins important. «On peut se rendre compte que ce sont encore deux équipes espagnoles en finale. Elles sont habituées au format. Je pense que leurs adversaires n’ont pas eu assez de temps pour se préparer. L’édition française, par exemple, a été rapidement programmée et organisée, a expliqué l’ancien joueur de l’Olympique de Marseille. Dans d’autres pays, ce sont des équipes qui se connaissent depuis un long moment. On a eu des équipes françaises qui sont malgré tout allées jusqu’en quarts de finale. Et Unit3d a perdu contre ce qui est, pour moi, la meilleure équipe, à savoir Furia FC (8-1). À voir donc pour la saison prochaine !»
Les créateurs de contenus français dominent le Reste du monde
Mais avant de penser à la saison prochaine, Samir Nasri doit se concentrer sur le match à venir : la France – dont il est aussi l’entraîneur – contre le Reste du monde. Un match d’exhibition entre créateurs de contenus (et quelques joueurs). La première animation de la soirée. La rencontre doit commencer dans quelques minutes. On se dépêche de rejoindre la tribune de presse. À peine arrivé, on constate que la Paris La Défense Arena est pleine. L’ambiance n’est pas survoltée. Du moins jusqu’à ce que Doigby – un streameur-animateur reconnu et très apprécié des jeunes – lance la présentation des équipes. Les joueurs du Reste du monde sont hués. Sans animosité. C’est de bonne guerre. Les Français, eux, sont acclamés. Et celui qui a les faveurs du public n’est autre qu’AmineMaTue, le streameur porteur de la Kings League en France. À l’annonce de son nom, des «Amine ! Amine !» sont lancés dans les tribunes. La soirée est lancée.
Le match aussi. Pour être honnête, on n’assiste pas à la plus belle partie de football de l’histoire. Les erreurs techniques s’enchaînent. Physiquement, certains piochent. Il faut dire que la plupart d’entre eux n’ont pas joué à bon niveau. Mais l’essentiel est ailleurs. Les fans sont venus voir leurs streameurs favoris se donner à fond. Ils veulent du spectacle. Et ils ne sont pas déçus. Les espaces sont nombreux, le ballon va d’un but à l’autre et les règles spéciales de la compétition – à titre d’exemple, le match commence à deux contre deux, dont un gardien de but par équipe, puis d’autres joueurs arrivent au fur et à mesure – rendent la rencontre plaisante. On ne s’ennuie pas. Au contraire. On se passionne. Dès que la France s’approche des buts adverses, une clameur se fait entendre dans l’enceinte. À chaque geste technique aussi. L’ancien attaquant de l’Amiens SC Harrison Manzala, devenu créateur de contenus, régale. On sent qu’il est au-dessus et qu’il pourrait marquer quasiment sur chaque action. Mais il se contente de faire la différence et de faire des passes. Ce qui compte avant tout, c’est le show. L’ex-buteur du Liverpool FC Florent Sinama-Pongolle l’a bien compris aussi, tentant un ciseau retourné de toute beauté qui passe tout près des cages adverses. Les Bleus, dominateurs, marquent à quatre reprises et à chaque fois c’est une explosion de joie dans les tribunes. Ils s’imposent finalement avec deux buts d’avance. Pour le plus grand bonheur des fans.
Gims enflamme la salle
Dans la foulée, un tournoi d’un contre un, sponsorisé par Adidas – l’une des grandes marques partenaires de l’événement avec Cupra et Burger King –, est organisé. Ce n’est pas l’animation la plus réussie de la soirée, la faute à un système de notation (avec un jury) un peu surprenant. Vient ensuite l’un des moments les plus attendus par le public : le show de Gims. Le chanteur star, lunettes de soleil sur le nez comme à son habitude, enflamme la salle durant une dizaine de minutes avec ses derniers tubes. La Paris La Défense Arena est conquise. Les jeunes gens en tribunes chantent à se casser la voix – connaissant quasiment toutes les paroles – et dansent. L’ambiance monte d’un cran. C’est court mais intense. L’artiste de 39 ans a parfaitement chauffé l’enceinte avant ce qui doit être le clou du spectacle : la finale de la Coupe du monde des clubs de la Kings League entre Los Troncos FC et Porcinos FC, les champions en titre.
Dès les premières secondes de jeu, on s’aperçoit que ce n’est pas le même niveau de jeu. Les deux équipes sont bien organisées et possèdent de très bons joueurs de ballon – en même temps, c’est ce qui se fait de mieux dans la Kings League dans le monde. C’est un véritable match de football à sept contre sept. Et c’est peut-être un problème. Parce que l’on ne sent aucun engouement chez les fans. Il faut dire que la rencontre est moins dynamique que la précédente. Los Troncos FC, qui ont débuté de la meilleure des manières en inscrivant deux buts en quelques minutes, défendent à merveille avec un bloc bas compact qui rendrait jaloux la plupart des équipes de bas de tableau de Ligue 1. C’est dire. Une ligne de quatre et une ligne de deux. Leurs adversaires ne trouvent aucun espace. Le divertissement est un peu moins au rendez-vous. Un jeune, assis à côté de la tribune de presse, en profite pour venir nous parler : «Vous savez si Neymar Jr et Zlatan Ibrahimovic sont là ? Ils sont sur l’affiche de l’événement, mais on ne les a pas vus», nous lance-t-il. Nous non plus, on ne les a pas vus.
Une finale à suspense
Mais si le public français ne s’extasie pas devant cette finale 100 % espagnole, c’est aussi sans doute parce qu’il ne connaît pas les joueurs, ni les présidents de clubs. Il a moins d’attachement pour les acteurs. Tout simplement. C’est dommage. Parce que le match est magnifique, avec beaucoup de suspense. Los Troncos FC font la course en tête mais Porcinos FC – habitués aux retournements de situation – reviennent un peu dans la partie dans les dernières minutes de jeu. Puis, dans les ultimes instants de la rencontre, alors que les buts comptent double, les champions en titre obtiennent un penalty pour une main dans la surface de réparation. Penalty...annulé par l’arbitre central après visionnage des images. Juste dans la foulée, Los Troncos FC marquent un nouveau but et scellent leur victoire (6-3) pour s’adjuger leur premier Mondial.
À lire aussi Foot : miraculés, les Bleuets s’en sortent face à la Géorgie à l’Euro Espoirs
C’est malheureusement dans une Paris La Défense Arena à moitié pleine – ou vide, c’est selon – que la formation présidée par le streameur Perxitaa soulève le trophée et fête sa victoire, une partie du public ayant déjà quitté la salle. Dans les coulisses, certains joueurs célèbrent leur sacre en chantant «Campeones del mundo [champions du monde, en espagnol]». Les vaincus, eux, rentrent aux vestiaires dépités. Des émotions fortes qui montrent que finalement, la Kings League, c’est plus que du sport-spectacle. C’est aussi du «vrai» football. On devrait en avoir une nouvelle preuve en janvier prochain lors de la Coupe du monde des Nations au Brésil.