Retraite, SMIC, nationalisations, 183 milliards de nouvelles recettes… Ce que contient le contre-budget de LFI

« Le budget macroniste n’est pas aménageable à la marge, il finira par un échec. » C’est par une nouvelle pique à destination des socialistes, qui espèrent arracher des victoires (notamment la suspension de la réforme des retraites) dans le cadre du budget Lecornu, que le président LFI de la Commission des Finances, Éric Coquerel, a ouvert la présentation du contre-budget insoumis, ce 22 octobre à l’Assemblée nationale.

Les députés mélenchonistes, eux, misent sur un échec du budget et une probable censure du premier ministre. Mais veulent démontrer « qu’un autre budget est possible, construit en opposition à l’échec du ruissellement et de la politique de l’offre » d’Emmanuel Macron.

« Les dépenses de l’État sont restées stables depuis 2017, ce sont les recettes qui ont baissé, et cette baisse de recettes a bénéficié aux plus riches », rappelle Éric Coquerel. Sa collègue Clémence Guetté, vice-présidente de l’Assemblée nationale, accuse les macronistes de « prendre le problème des finances à l’envers, en partant d’abord de recettes très faibles, puisqu’ils se refusent à taxer les riches, pour ensuite en déterminer les dépenses possibles. Nous, nous partons des besoins pour déterminer les recettes. »

Abrogation complète de la réforme des retraites

Des besoins qu’on peut résumer ainsi, et qui font consensus à gauche : renforcer les services publics, développer les infrastructures nécessaires à la transition écologique, et défendre un budget de lutte contre les injustices sociales. Dans les plus grosses dépenses prévues par LFI, il y a l’abrogation complète de la réforme des retraites de 2023 (donc le retour à un âge de départ à 62 ans), ce que le mouvement chiffre à 25 milliards d’euros.

LFI souhaite 7,5 milliards de dépenses pour développer le fret ferroviaire et le réseau des petites lignes et des trains de nuit pour donner une alternative à l’avion et à la voiture dans les territoires ruraux. Le plan d’investissement dans l’énergie renouvelable des insoumis se chiffre à 10 milliards d’euros.

Dans la même logique de planification, la députée Aurélie Trouvé a annoncé que son groupe présenterait une proposition de loi pour nationaliser ArcelorMittal, dans la niche parlementaire de LFI, le 27 novembre.

À cela s’ajoutent 1,6 milliard pour revaloriser le SMIC à 1 600 euros net (contre 1 426,30 euros net aujourd’hui), 4 milliards d’euros pour l’hôpital, 6 milliards pour revaloriser le RSA et les aides sociales, ou encore 3 milliards pour construire de nouveaux logements publics.

Au global, à quoi ressemble la facture ? 167 milliards de dépenses, estime LFI. « Mais c’est un budget excédentaire, car nous allons chercher 183 milliards de nouvelles recettes », précise la députée insoumise Aurélie Trouvé. 183 milliards que les insoumis veulent piocher en mettant à contribution les plus riches. Le cocktail entre la taxe Zucman sur les hauts patrimoines et le rétablissement de l’ISF rapporterait selon eux 35 milliards d’euros.

Soutien du pouvoir d’achat plutôt qu’une politique de l’offre

LFI propose aussi de prélever 10 milliards en taxant à 100 % les héritages au-dessus de 12 millions d’euros. « Cela correspond à cent fois le patrimoine net médian des Français. Nous estimons qu’à ce niveau-là, on peut contribuer pleinement », sourit Clémence Guetté. Le contre-budget LFI comprend aussi une taxe sur les dividendes (10 milliards), la fin de l’exonération patronale au-dessus de 2 fois le SMIC (8 milliards), une réduction des aides aux entreprises dans le cadre du crédit d’impôt-recherche (3 milliards) ou encore taxer les multinationales (26 milliards).

En résumé, une politique de la demande et de soutien du pouvoir d’achat plutôt qu’une politique de l’offre, qui croit au comportement vertueux d’entreprises exonérées de toutes cotisations sociales. « Avec cela, on fera mieux que les macronistes ! assure Éric Coquerel. Avec les effets macroéconomiques de la relance, au bout de 5 ans, on sera en dessous des 3 % de déficit normalement, même si nous ne nous fixons pas ce seuil comme une astreinte. » Avec sa propre copie budgétaire, dont il est probable qu’il essaye de l’adopter par ordonnances, le premier ministre Sébastien Lecornu prévoit un déficit à 4,6 % en 2026.

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