Un club européen aux portes de la Chine
Habituellement, une équipe qui s’apprête à jouer dans un autre pays prend l’avion la veille. Le Real Madrid, lui, est parti dimanche matin pour se rendre à Almaty (2 millions d’habitants). Son vol a duré près de dix heures et parcouru 6.500 kilomètres, pour s’achever dans cette ville située à l’est du Kazakhstan, séparée par à peine 300 kilomètres à vol d’oiseau de la Chine.
Deux semaines plus tôt, le Kairat Almaty avait voyagé sur 6.900 kilomètres pour jouer sur la pelouse du Sporting Portugal (défaite 4-1). Un décalage horaire de 3h ajoute à la complexité des déplacements. Ainsi, son match face au Real Madrid est prévu à 18h45 heure de France métropolitaine, alors qu’il sera 21h45 au Kazakhstan.
Passer la publicitéUne histoire qui ne date pas d’hier
Le Kairat Almaty a récemment fêté ses 71 ans. Fondé en 1954, il évoluait alors dans le championnat soviétique, puisque la République socialiste soviétique kazakhe (ancêtre du Kazakhstan) était membre de l’URSS. À sa fondation, le club portait le nom de Lokomotiv Almaty, et a remporté la Coupe européenne des chemins de fer en 1971.
Depuis la dislocation de l’URSS et l’indépendance du Kazakhstan, les Jaune et Noir ont été sacrés quatre fois champions de leur pays, y compris en 2024, ce qui leur a donné une chance de disputer la Ligue des champions.
4 tours de qualification pour en arriver là
Les gros clubs lancent leur campagne européenne en septembre. Pas le Kairat Almaty. À l’aube de la phase de Ligue, il avait déjà joué huit matches sur la scène continentale, le premier le 9 juillet. Il lui a fallu passer par trois tours de qualification, éliminant l’Olimpija Ljubljana (Slovénie), le Kuopion Palloseura (Finlande) et le Slovan Bratislava (Slovaquie).
Ce parcours du combattant s’est achevé face au Celtic en barrages. Au bout de l’ennui (0-0 à l’aller et au retour), les Kazakhstanais ont sorti le mythique club écossais aux tirs au but (2-3). Particularité pour eux : leur championnat national se joue sur l’année civile. Il ne leur reste que trois matches à jouer dans une lutte serrée pour le titre avec Astana et Tobol.
Le Petit Poucet par excellence
C’est le choc des extrêmes ce mardi entre le plus gros (143.500) et le plus petit (5.500) coefficient UEFA de la Ligue des champions. Ce chiffre, basé sur les performances des clubs en compétition européenne, laisse le Kairat Almaty à la 266e place à l’échelle de tout le continent. Derrière notamment Reims (117e) ou Dudelange (217e, Luxembourg) et ex aequo avec La Fiorita (Saint-Marin).
Le site spécialisé Transfermarkt estime la valeur totale de son effectif à 12,7 millions d’euros. Celle du Real Madrid dépasse le milliard. Entraînée par Rafael Urazbakhtin, l’équipe kazakhstanaise regorge de joueurs du pays, dont l’avant-centre Dastan Satpaev, 17 ans, qui rejoindra Chelsea pour 2 millions d’euros l’an prochain. Quelques étrangers ont grossi ses rangs, provenant d’Israël, de Biélorussie, du Portugal ou de Géorgie.
Son président a fait de la prison
En l’espace de trois ans, les choses ont bien changé pour Kairat Boranbayev, lui qui, par une symbolique coïncidence, partage le nom du club qu’il préside depuis 2012. L’oligarque avait racheté l’entité alors en 2e division kazakhstanaise. Le multi-millionaire, proche de l’ancien président omnipotent du pays, Noursoultan Nazarbaïev, avait été ciblé par les opposants politiques à la fin des années 2010.
Il a ainsi été accusé de détournements de fonds (environ 23 millions d’euros) et a écopé de huit ans de prison en mars 2023. Libéré en novembre de la même année, il a conclu «un deal opaque avec les autorités», rapporte le journal L’Équipe . Sa fortune aurait un temps atteint les 500 millions d’euros. Âgé de 59 ans, il accueillera mardi l’emblématique président du Real Madrid, Florentino Pérez, au stade central d’Almaty, d’une capacité de 23.000 places.