Mathieu Sapin, un Tintin reporter-dessinateur

Niché au cinquième étage (sans ascenseur) d’un immeuble parisien du 10e arrondissement, l’atelier du dessinateur Mathieu Sapin ne se laisse pas visiter aisément.

Avec un grand sourire et l’œil qui frise, le sympathique reporter en BD ouvre la porte de ce lumineux appartement qu’il partage avec son compère Christophe Blain (l’auteur de Quai d’Orsay ). On découvre des livres et des bandes dessinées un peu partout, ainsi qu’une ancienne carte de Paris encadrée au mur, au-dessous de laquelle l’auteur a élaboré À l’Intérieur.

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Avec son dessin « ligne claire » qui cultive un côté enfantin, Mathieu Sapin a parfaitement su trouver son style. Au fil des années, il y a ajouté une pincée d’ironie jamais méchante, avec laquelle il agrémente les aventures de son double graphique à la façon d’un Tintin reporter moderne.

D’où lui est venue l’idée de plonger au cœur des services de police, de gendarmerie et d’opérations spéciales pour en tirer la matière d’une nouvelle BD ? « Tout cela est né d’une proposition de Camille Chaize, alors directrice adjointe à la communication du ministère de l’Intérieur, raconte-t-il. Elle voulait m’ouvrir les portes du ministère en me donnant carte blanche. »

Sapin hésite. Le sujet est clivant, politiquement chargé. Il envisage d’abord un projet collectif. Mais la réaction frileuse de ses collègues opère chez lui comme un déclic : « Pourquoi diable serait-ce un problème de parler de la police ? » se demande-t-il. Convaincu, il s’engage dans l’aventure. « Je ne suis pas là pour juger, mais pour comprendre », explique-t-il.

«Cœur et honnêteté»

Pendant un an et trois mois, Sapin infiltre ainsi les services des forces de l’ordre. Un vrai marathon. Une séquence l’a particulièrement bouleversé : sa participation à une manifestation contre la réforme des retraites. « J’ai flippé, se souvient-il. Je me suis senti vulnérable comme jamais. » À travers son foisonnant récit, ancré dans le réel, Sapin veut « soulever le couvercle » et montrer les rouages d’un univers encore assez mal connu des Français.

Ce goût pour l’authenticité, l’artiste le possède depuis l’enfance. Fils d’une bibliothécaire et d’un père professeur d’histoire de l’art, Sapin a grandi à Dijon entouré de livres et de culture. Enfant, il se souvient avoir inventé un héros animalier, « Rate-à-poil », inspiré de Tintin et de l’héroïne pour enfants Marion Duval. Devenu étudiant, il copie Mœbius, Tardi, Crumb, Sfar ou Juillard pour mieux comprendre leurs styles et découvrir le sien.

100.000 exemplaires, et plus personne n’en parle. Je trouve cela révélateur de l’époque

Mathieu Sapin, reporteur-dessinateur
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Aujourd’hui, il s’étonne que son ouvrage sur Gérard Depardieu soit devenu invisible en librairie : « 100.000 exemplaires, et plus personne n’en parle, observe-t-il. Je trouve cela révélateur de l’époque. » Une forme de « cancel culture » implicite, qu’il prend avec détachement : « En réalité, s’amuse-t-il, je trouve ça plutôt classe ! »

Son nouveau projet ? Un album sur la fin du chantier de Notre-Dame. Présent à Paris le jour de l’incendie, Sapin a vécu la tragédie et pu prendre des photos. Il a ensuite obtenu les autorisations nécessaires pour documenter son récit de la manière la plus immersive possible. Il a mené le même combat graphique avec À l’Intérieur. Et le dessinateur de conclure : « Moi, j’essaie de faire les choses avec cœur et honnêteté. Ça me suffit. »

À l’Intérieur. Police, gendarmerie, opérations spéciales… Cinq saisons au cœur du plus secret des ministères, de Mathieu Sapin. SDP

À l’Intérieur. Police, gendarmerie, opérations spéciales… Cinq saisons au cœur du plus secret des ministères, de Mathieu Sapin, Dargaud, 160 p., 25 €.

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