Le premier meeting du Grand Slam Track, présenté par son créateur Michael Johnson comme une «révolution» pour l'athlétisme, basée exclusivement sur des épreuves de course, s'élance avec ambition mais aussi des interrogations sur sa viabilité, de vendredi à dimanche à Kingston (Jamaïque), haut lieu du sprint mondial.
«Cette nouvelle ligue va révolutionner ce sport et remettre l'athlétisme sur le devant de la scène», avait promis Michael Johnson lors du lancement de son projet en juin dernier.
L'Américain de 57 ans, ex-star de la piste aux quatre titres olympiques (4x400 m en 1992, 200 et 400 m en 1996, 400 m en 2000), s'est promis de dépoussiérer l'athlétisme, et voit son grand projet naître à Kingston avec un plateau et un format alléchants, mais quelques questions en coulisse.
La capitale jamaïcaine, pépinière de sprinters, accueille le premier des quatre meetings du Grand Slam Track 2025, avant Miami (2-4 mai), Philadelphie (30 mai-1er juin) et Los Angeles (27-29 juin).
Fait inédit, 48 athlètes sont sous contrat avec la nouvelle organisation et seront présents aux quatre compétitions, afin de rendre le circuit lisible aux yeux du public. Ils seront rejoints à chaque fois par 48 «challengers».
Les 96 athlètes (48 femmes, 48 hommes) sont classés par spécialité en douze groupes de huit, chacun proposant deux courses en trois jours et un classement cumulé (les huit du sprint court s'affrontent ainsi sur un 100 m et un 200 m).
Ni Lyles, ni Sha'Carri Richardson
La révolution de Michael Johnson vient surtout d'une énorme carotte financière avec des primes colossales pour l'athlétisme, allant de 100.000 dollars pour le vainqueur de chaque groupe à 10.000 dollars pour le dernier, le tout à chaque meeting.
Pour son lancement, le Grand Slam Track a réuni un joli plateau avec 32 médaillés des derniers Jeux olympiques de Paris, dont quelques vedettes comme les Américaines Sydney McLaughlin-Levrone et Gabby Thomas.
Le meeting n'a toutefois réussi à attirer ni les champions olympiques du 100 m Noah Lyles et Julian Alfred, ni les vice-champions olympiques de la ligne droite Sha'Carri Rhichardson et Kishane Thompson, une épine dans le pied d'un évènement largement américano-caribbéen qui a pris le pari d'exclure les sauts et les lancers.
«Tout le monde ne peut pas être là pour la première», répond Johnson, interrogé par Citius Mag, qui trouve «irrespectueux» de se concentrer sur les absents au détriment des présents. Une participation de ces vedettes aux autres meetings de la saison en tant que «challengers» reste possible.
«Tout n'est pas qu'une question d'argent. Où sont les sponsors hors athlétisme?», s'est interrogé Noah Lyles, sceptique, sur son podcast, avant de souhaiter le succès de l'entreprise, «je ne demande qu'à avoir tort».
Son comparse au micro Rai Benjamin, champion olympique du 400 m haies, s'est lui interrogé sur la viabilité financière du projet. «Je me demande combien de temps ils peuvent tenir? Ils ne vont pas gagner d'argent cette année ni l'année prochaine.»
« Une plateforme professionnelle »
Michael Johnson
«J'ai lancé plusieurs business avec succès dans ma vie, et aucun ne gagnait de l'argent dès le départ, cela ne fonctionne pas ainsi», a rétorqué Michael Johnson auprès du Times.
Grand Slam Track avance des garanties financières de 30 millions de dollars de la part de ses partenaires, notamment de Winners Alliance, entreprise spécialisée dans le développement des revenus d'unions de sportifs.
À grand renfort de billets verts, Johnson espère «offrir à ce sport une plateforme professionnelle» avec une approche «business», là où l'athlétisme est dirigé par les fédérations et leur modèle associatif.
Des contrats de diffusion ont été annoncés avec les géants américains NBC (sur sa plateforme de streaming Peacock) et CW, ou encore Eurosport (Europe et Asie) et TNT (Royaume-Uni). Grand Slam Track veut prendre le temps avec une seule course à la fois et des analyses poussées, là où les évènements s'entrechoquent dans un meeting d'athlétisme traditionnel.
Peu de stars européennes ont répondu à l'appel d'une compétition concentrée sur l'Amérique du nord et qui débute très tôt, deux semaines seulement après les Mondiaux en salle de Nankin.