Comment les Spurs de Wembanyama se sont métamorphosés... pour devenir des candidats au titre NBA

Place aux jeunes, plus que jamais en NBA. En juin dernier, l’Oklahoma City Thunder était devenu la deuxième plus jeune équipe de l’histoire à être sacrée championne (25,6 ans de moyenne d’âge). Voilà qu’elle a trouvé son maître en la personne de San Antonio, 25,2 ans de moyenne. En l’espace de onze jours, les Spurs ont battu trois fois OKC, créant une onde de choc à travers la planète basket.

Une onde de choc car le Thunder avait gagné 24 de ses 25 premiers matches cette saison, souvent avec une facilité déconcertante, en reposant ses cadres. Depuis, il y a eu une demi-finale de Coupe NBA très serrée à Las Vegas (111-109 le 14 décembre), une petite gifle à San Antonio (130-110) et une nouvelle victoire tout en contrôle des Spurs dans l’Oklahoma, jeudi jour de Noël (102-117), grâce à «un boulot phénoménal sur les détails», selon leur entraîneur Mitch Johnson.

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Johnson dans la continuité de Popovich

Les fans texans se pincent pour y croire, eux dont l’équipe avait terminé 13e (sur 15) de la conférence Ouest la saison dernière, dépendante d’un Victor Wembanyama forfait sur la moitié de l’exercice. La patience semblait nécessaire pour revoir l’ancienne maison de Tony Parker jouer les gros bras en NBA. D’autant plus avec la lourde transition sur le banc : il y a un an, le mythique Gregg Popovich, victime d’un AVC, laissait sa place à Johnson. Le passage de flambeau, après trois décennies et cinq titres, a été définitivement acté durant l’été.

Le jeune (39 ans) entraîneur n’est pas étranger à ce départ canon des Spurs (23 victoires pour 7 défaites, 2e de la conférence Ouest). Sa très modeste carrière de joueur derrière lui, il avait rejoint San Antonio en 2016, était devenu un adjoint de Popovich dès 2019. Il a eu le temps de s’imprégner de la philosophie Spurs, de comprendre comment gérer une longue et intense saison de NBA, et s’est vu confier les clés avec un groupe jeune et réceptif devant lui.

«Soyez disciplinés ! Aimez et adhérez à l’ennui, au banal ! Défense, rebonds, fondamentaux. Rythme, rebonds, fondamentaux. Encore, et encore, et encore», criait-il lors d’un temps mort en début de saison à ses ouailles. Parmi elles, il y a les «vétérans», ces joueurs d’expérience jugés indispensables à toute jeune équipe qui veut grandir. Le pivot congolais Bismack Biyombo (33 ans) ou l’ailier Harrison Barnes (33 ans) s’assurent que personne ne sort du rang, dans un univers où de jeunes hommes ont vite fait de se disperser.

Il y a surtout ces jeunes loups aux crocs déjà acérés. Stephon Castle, 21 ans et élu meilleur débutant de NBA la saison dernière, ne cesse de progresser, pour marquer (18,6 pts de moyenne) et surtout mener le jeu avec maturité (7 passes décisives/match). L’impact en sortie de banc de Dylan Harper, 19 ans, n’était pas attendu à ce niveau.

Fort sans Wembanyama, invincible avec lui

San Antonio peut aussi se satisfaire d’avoir misé gros sur la recrue du printemps dernier, De’Aaron Fox, qui a signé pour 229 millions de dollars jusqu’en 2030. Son apport offensif est considérable, son efficacité réelle (21,9 pts, 39% de réussite à 3-pts). Avec tout ça, le bilan des Spurs est honorable (9 victoires, 3 défaites). Avec leur pièce maîtresse du nom de Victor Wembanyama, il est excellent.

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Le Français, déjà établi comme l’un des meilleurs basketteurs au monde, n’a joué que 18 des 30 matches cette saison, dont les six derniers (depuis son retour de blessure à un mollet) avec un temps de jeu limité. Six matches, six victoires (hors finale de la Coupe) et un impact, défensif avant tout, qui dépasse largement les statistiques (23,4 pts, 11,8 rebonds et 3 contres).

On ne perd pas trois fois de suite contre la même équipe en si peu de temps sans qu’ils soient meilleurs que nous.

Shai Gilgeous-Alexander, meneur de l’Oklahoma City Thunder champion en titre

Plus présent dans la raquette en attaque, plus juste dans ses choix et plus vocal, au point de jouer le jeu de la guerre psychologique avec ses adversaires, Wembanyama réalise son potentiel sans surjouer. Ses partenaires savent vivre avec et sans lui, même face à la meilleure équipe de NBA, incapable de trouver les bons ajustements pour prendre à défaut les Texans. «On ne perd pas trois fois de suite contre la même équipe en si peu de temps sans qu’ils soient meilleurs que nous», a reconnu le MVP en titre, Shai GIlgeous-Alexander.

Difficile, désormais, de ne pas considérer les Spurs dans la course au titre. «Nous ne laisserons jamais le talent d’un seul d’entre nous éclipser le collectif. C’est ce qui nous permet de battre de grandes équipes», a commenté Wembanyama. En play-offs, ce n’est pas trois mais quatre victoires qu’il faut empocher face à un même adversaire pour l’éliminer. Il faudra attendre le 18 avril pour la «post-saison», et il faut finir dans le top 6 de sa conférence pour décrocher un billet direct. La question n’est plus de savoir si San Antonio y sera, mais quelle équipe aura le malheur de croiser son chemin dès le premier tour.