L’opéra en VF ? Le château de Versailles en a fait sa signature presque dès la réouverture de l’Opéra royal. Prolongement naturel d’une salle rêvée par Louis XIV pour accueillir la déclamation des grands Lully (Persée y sera d’ailleurs le premier opéra représenté), et qui vit finalement le jour en 1770, en pleine gloire de l’opéra-comique français. Une salle dont le rapport entre la scène et le public et l’acoustique « de violoncelle » a toujours servi magnifiquement notre langue, et ses exigences d’intelligibilité… Se prêtant aussi bien à l’alternance du parlé-chanté de Grétry qu’aux grandes envolées de Rameau.
Mais la programmation de l’opéra en VF est aussi un acte militant, revendiquant une double ambition : celle de rendre l’opéra accessible au plus grand nombre. Et de renouer avec une tradition aujourd’hui perdue, mais qui avait encore cours dans la plupart de nos salles jusque dans les années 1960 - époque où les surtitres n’existaient pas encore. Un grand nombre de ces salles disposaient alors toujours de troupes permanentes majoritairement composées de chanteurs français.
Passer la publicitéC’est ainsi que dès la saison 2019-2020, qui marquait ses 250 ans, l’Opéra royal accueillait La Flûte enchantée, de Mozart, en français. Dans la délicieuse mise en scène à hauteur d’enfants de Cécile Roussat et Julien Lubeck. Et avec une distribution francophone idoine, menée par le Tamino de Mathias Vidal et la Pamina de Florie Valiquette ! Un spectacle immortalisé en DVD sur le label du Château de Versailles, et qui augurait d’autres tentatives tout aussi prometteuses. À l’image de L’Enlèvement au sérail en français, relu dans un esprit à la fois classique et plein de fantaisie de Michel Fau, créé il y a deux ans et qui reprendra du service cette saison (du 18 au 23 juin) toujours sous la baguette de Gaétan Jarry. Mais aussi de la nouvelle Cendrillon de Rossini (du 11 au 18 octobre) toujours en version française, qui ouvrira cette saison dans la mise en scène façon boîte à musique du tandem Lubeck-Roussat, imaginée il y a quelques années pour l’Opéra de Liège. Le tout avec une distribution francophone encore une fois idéale, portée par Gaëlle Arquez dans le rôle-titre, le Prince de Patrick Kabongo (impressionnant Tonio de La Fille du régiment la saison dernière), et dans le rôle des deux sœurs les exquises Gwendoline Blondeel et Éléonore Pancrazi.
Outre ces opéras en VF, Versailles poursuivra également, dans le prolongement de Carmen et La Fille du régiment proposées l’an dernier, son exploration des jalons de l’opéra français. Que ce soit en recréant, pour les fêtes, La Vie parisienne, d’Offenbach (du 27 décembre au 4 janvier), mise en scène il y a quatre ans par Christian Lacroix (formidable ode à la joie de vivre française et au Paris d’Eiffel), sur la base de la partition originale en cinq actes reconstituée par le Palazzetto Bru Zane. Ou en accueillant, en coproduction avec l’Opéra de Tours, un nouveau Faust de Gounod (du 22 au 30 mars) mis en scène par Jean-Claude Berutti (qui transposera l’action dans l’époque médiévale), et dirigé par Laurent Campellone.
Deux spectacles qui feront, une fois encore, la part belle aux meilleurs jeunes représentants du chant français : de Julien Behr à Vanina Santoni, en passant par Marie Perbost, Marine Chagnon ou Marc Mauillon.