Thierry Frémaux : « Brigitte Bardot a co-inventé le Festival de Cannes »
INTERVIEW - Pour le délégué général de la manifestation, l’actrice « reste liée à une glorieuse époque du cinéma français » dont elle était « en était l’une des flammes ».
Passer la publicité Passer la publicitéIl n’aura pas tardé à réagir. Même isolé en pleines montagnes pour les fêtes de Noël, Thierry Frémaux, attristé, a tenu à rendre hommage à Brigitte Bardot, décédée dimanche à l’âge de 91 ans.
LE FIGARO - En tant que cinéphile, comment vivez-vous la mort de Brigitte Bardot ?
Passer la publicitéThierry FRÉMAUX - Elle m’affecte personnellement parce que c’était une actrice que j’adorais. Aussi parce que chaque disparition dit le temps qui passe. A-t-on assez répété que Bardot était une grande comédienne ? Il le faut, même si tant de choses ont éclipsé cette évidence. Elle reste liée à une glorieuse époque du cinéma français, capable d’aller d’Autant-Lara à Godard, de Roger Vadim à Louis Malle. Elle ne laissait pas indifférent, tout le monde l’aimait, non ?
Est-ce que Cannes a servi de caisse de résonance au phénomène BB ou, finalement, n’est-ce pas Brigitte Bardot qui a lancé le festival de Cannes ?
Disons qu’elle a co-inventé le festival ! Dans les années 1950, alors que la manifestation ne savait pas encore complètement ce qu’elle allait être, Brigitte Bardot a relancé pour le meilleur l’image de la starlette. Puis elle débarque en bombe incendiaire et fatale avec Et Dieu créa la femme, créant une deuxième émeute. Puis en 1967, elle provoque une panique indescriptible par sa seule apparition dans le Palais des festivals. Ces quelques minutes, conservées par l’INA, disent tout aussi de la difficulté intime d’être considéré comme une star et, en l’espèce, comme le symbole de la beauté absolue. Le Cannes de Bardot était aussi celui d’Alain Delon, de Jean-Paul Belmondo, de Jeanne Moreau et de Catherine Deneuve. C’était la France des Trente glorieuses dont il ne s’agit pas de dire que tout était parfait. Mais Brigitte Bardot en était l’une des flammes, en France et à l’étranger.
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Comment pourriez-vous qualifier ses relations avec le festival ces dernières années ?
Elle n’est pas venue souvent et, évidemment, plus à partir de 1973, quand elle a arrêté totalement de tourner. Je l’ai invitée ces dernières années même si je savais qu’elle ne viendrait pas, car elle ne faisait plus d’apparition publique. Mais je voulais qu’elle sache qu’elle était la bienvenue. L’an dernier, on lui a prêté des propos négatifs sur le cinéma français et sur Cannes. Elle m’avait fait savoir que sa pensée avait été « détournée ».