À Vielle-Saint-Girons (Landes) au camping «Sandaya Le col vert», si le robinet d’un mobile home goutte, un technicien se met aussitôt en route. « L’eau est notre combat numéro un », affirme sa directrice Morgane Le Sausse. Pour mieux mener cette bataille, ce camping capable d’accueillir jusqu’à 3000 vacanciers a une nouvelle arme. « Nous venons d’installer des capteurs intelligents, qui nous alertent en temps réel des fuites. Nous faisons partie des vingt lieux tests de ce dispositif de notre groupe, très engagé sur le sujet pour des raisons aussi bien financières, car il s’agit d’un gros budget pour un camping de cette taille, que sociales et environnementales », détaille-t-elle.
Les façons de limiter la consommation de la ressource, plus précieuse que jamais, sont multiples. Dans le camping de Vielle-Saint-Girons, on recycle l’eau des jeux pour enfants de la pataugeoire et on utilise l’eau du forage -et non du robinet- pour l’arrosage, réduit au strict minimum. L’ensemble du personnel, entre 80 et 150 personnes, est désormais formé chaque année sur le sujet, tant au niveau pratique (détection des fuites) que scientifique (le cycle de l’eau).
Restrictions et touristes
Le Col Vert fait par exemple intervenir, trois fois par an, une guide de la réserve naturelle du courant d’Huchet. « C’est une intervention qui plaît beaucoup pour former à l’usage des produits phytosanitaires écolabellisés que nous utilisons exclusivement pour le nettoyage ou le désherbage. Cela permet de comprendre que ces gestes contribuent à protéger ce cadre exceptionnel », souligne la directrice, en pointant vers le lac Leon bordant le camping, situé à quelques kilomètres de l’océan Atlantique. L’eau est d’autant plus précieuse qu’elle n’est pas polluée...
Ce n’est pas uniquement dans le Sud-Ouest que la sobriété hydrique s’est imposée comme un sujet incontournable, notamment pour la saison estivale. C’est le cas aussi, de longue date, dans le Sud-Est, ces deux zones accueillant la majorité des touristes estivaux. Certes, cette année, la situation s’annonce meilleure à ce jour. Seuls trois départements du Sud - Pyrénées-Orientales, Aude, Ain – se trouvent en vigilance sécheresse d’après VigiEau. « Depuis 2015, chaque année à l’exception de 2021, plus de la moitié des départements de France métropolitaine connaissent des restrictions durant l’été sur tout ou partie de leur territoire. Sur la période 2002-2014, une telle situation ne s’était produite qu‘à quatre reprises », rappellent les ministères de l’Aménagement du territoire et de la Transition écologique.
Le tourisme en première ligne l’été
Le secteur touristique est en première ligne : il absorbe 335 millions de m³ d’eau chaque année, mais ses acteurs doivent surtout conjuguer deux contraintes : le pic de la demande en eau de leurs clients - pour les douches, le remplissage des piscines ou la vaisselle dans les restaurants - atteint son pic au moment où l’offre, le niveau des nappes phréatiques, est au plus bas.
Pour réussir à mieux conjuguer les deux, le 24 avril dernier, les fédérations professionnelles du secteur – de l’hébergement, à la restauration, aux parcs d’attraction mais aussi les activités sportives de plein air, dont certaines, comme le kayak, sont directement menacées – ont présenté des plans d’action élaborés par la Confédération des acteurs du tourisme (CAT) et la Direction générale des entreprises (DGE), les agences de l’eau et l’Etat.
Les programmes listent des leviers de sobriété, tels que le pilotage par la donnée, des actions de sensibilisation ou la désignation de référents "eau". « La sobriété est une source d’économie, mais aussi un levier commercial différenciant face à une demande croissance de tourisme responsable », a souligné Nathalie Delattre, ministre déléguée du tourisme.
Van et camping-car, les bons élèves
Comme Le Col Vert, d’autres acteurs l’ont déjà bien compris. « Lorsque nous avons réalisé les travaux pour créer nos cinq chambres d’hôtes, il nous a paru évident d’installer des citernes au sous-sol pour capter l’eau de pluie. Elle sert pour les toilettes, ce que nous indiquons volontairement aux clients, l’arrosage du jardin et le remplissage de la piscine », explique Grégory Lours, propriétaire de La Bellours à Cahors (Lot).
« Les vacances en van ou camping-car sont synonymes de sobriété. On consomme ainsi en moyenne cinq fois moins d’eau par rapport à une maison », pointe Olivier Puybasset, directeur des opérations France et Europe du Sud chez Yescapa. Cette plateforme de location référençant 33000 véhicules fait de la sobriété un avantage, d’autant qu’elle n’est, pas encore, une réelle contrainte. « En camping-car, même dans les départements les plus touchés, comme les Pyrénées-Orientales, on arrive toujours à trouver de l’eau, que ce soit sur les aires réservées ou dans les campings, sans oublier les cimetières où on peut remplir son jerrycan », rassure-t-il.
Les douches disparaissent des plages
C’est plus une question de confort : outre l’interdiction de remplir les piscines des maisons de vacances, il faut aussi s’habituer à ne plus se rincer sur la plage, car les douches disparaissent progressivement. C’est le cas à Biarritz depuis 2022, où on peut toujours remplir sa gourde et rincer ses pieds.
Des efforts somme toute minoritaires par rapport à l’enjeu et qui deviennent évidents quand ils sont collectifs. Ainsi, près de Cannes, deux chantiers d’ampleur viennent d’être menés. Depuis juin 2023, la quasi-totalité des 74 hectares du golf « Old Course » de Cannes-Mandelieu sont arrosés avec des eaux usées traitées, auparavant rejetées en mer.
Par ailleurs, au port de la Rague, à Mandelieu-la-Napoule, le plus grand (423 places) de la Côte d’Azur, les bateaux sont désormais lavés avec de l’eau de mer, dessalée dans une nouvelle installation. Un investissement qui permet de « préserver la ressource en eau potable et d’apporter un service gratuit et écologique aux usagers », souligne son maire Sébastien Leroy, qui invite à s’inspirer de l’Espagne, de l’Australie ou encore de Singapour où le recyclage des eaux usées est plus répandu.